Transmission du patrimoine

X.
rédigé le mardi 25 décembre 2018
Désultoirement vôtre ! - Transmission du patrimoine
0
Plieux, jeudi 20 décembre 2018, sept heures du soir. J’ai eu l’explication, qui aurait dû m’être d’emblée tout à fait évidente, si j’étais moins naïf, de l’attitude singulière de cette dame, au demeurant aimable, qui a visité Plieux la semaine dernière : mais visité presque sans regarder, sans voir, sans savoir, sans porter le moindre intérêt à l’histoire, à l’archéologie, aux époques, aux styles. Je ne comprenais absolument pas pourquoi elle envisageait d’acheter un édifice de ce genre, qui de toute évidence n’appartenait pas à ses centres d’intérêt. La raison en était pourtant bien simple. Elle est d’ordre fiscal. Selon le vocabulaire de la profession immobilière, cette dame désire défiscaliser. J’ai eu tout à fait tort, en ce sens, d’insister sur le bon état général des lieux, et de faire ressortir, auprès de la visiteuse, qu’on pouvait très bien s’installer entre ces murs, et y vivre, sans y faire les moindres travaux. C’était précisément le contraire, qu’elle aurait voulu entendre. Mais le contraire est tout aussi vrai, par chance — car si quelqu’un voulait investir des millions dans cette demeure, cette personne en aurait tout loisir, Dieu sait.

L’épisode et le malentendu sont très éclairants, en tout cas, même s’ils ne font qu’apporter une confirmation à ce que je savais à peu près. Le marché immobilier des châteaux est devenu tout à fait utilitaire, petit-bourgeois, sécularisé, délittérarisé, profane. La moitié des annonces au moins insistent sur l’heureuse disposition des propriétés à se prêter à des fonctions de maisons d’hôtes. On dirait que tout le monde ne rêve plus que de devenir tenancier de gîte rural ou de résidence de charme, c’est-à-dire, peu ou prou, domestique, ou commerçant. D’ailleurs, à voir les photographies d’intérieur, on s’avise que la plupart des “affaires” proposées ont déjà rempli ces fonctions, dans les années récentes, ou quelque autre de même acabit. Presque aucun château n’est “dans son jus”, avec des portraits d’ancêtres et des meubles anciens ; et très minoritaires, rarissimes, même, dirais-je, sont ceux qui sont vendus par leurs propriétaires “historiques”. L’aristocrate ruiné qui se sépare en dernier recours, désespéré, de la demeure ancestrale, n’est plus du tout une figure courante de ces transactions, comme il l’était au XXe siècle. Symétriquement a disparu parmi les acheteurs, et on le regretterait presque, le bourgeois snobinard de ma sorte qui désire s’acheter de l’histoire, de la beauté, de la culture, de la littérature en fenêtres, en poutres et en garennes. Les ameublements et aménagements des pièces qu’on voit dans les annonces ou lors des visites — souvent étonnamment modestes, d’ailleurs, et volontiers de très mauvais goût, soit par ostentation vulgaire, soit par recours forcé au bric-à-brac, au vide-grenier, à l’Henri-II, à l’Henri-XV, au Lévitan, à l’Habitat, au Conforama (comme ici) —, établissent clairement qu’entre l’histoire et le présent se sont glissés une ou plusieurs couches de gestionnaires du temps, médecins, chirurgiens, avocats, journalistes, hommes d’affaires, dentistes, commerçants, qui, même s’ils ont dessein de faire souche sous ces lambris, ces mâchicoulis ou ces gouttières, ce qui est loin d’être toujours le cas, sont obligés de constater que plus rien dans la société, ni dans l’état de la famille, de la culture, ne permet plus d’étayer des intentions de ce genre, ni les fantasmes qui vont avec.

On voit autour des maisons, et de l’héritage, à quel point la France et les Français sont présentisés, déshistoricisés, délignagisés, délocalisés, coupés de leurs racines, arrachés aux appartenances. Certains agents ont vu passer les mêmes biens deux ou trois fois, dans leur carrière. Ils me disent que la durée moyenne de possession, qui était de vingt-cinq ans à peu près à leurs débuts, est aujourd’hui d’une dizaine d’années — entre la retraite et l’impotence, par exemple ; ou bien entre les premiers pas des enfants ou petits-enfants et leurs premiers émois sexuels, qui leur font prendre en grippe les campagnes perdues…

Le Petit Remplacement ne s’opère pas d’un coup. C’est une série de substitutions par soubresauts, qui ne laisse même pas de place à la nostalgie. Il faut une certaine culture, pour la nostalgie, une vague conscience littéraire ou religieuse du monde, un peu de fantasme et de mégalomanie, le sentiment de la durée, c’est-à-dire de la mort.

La visiteuse de la semaine dernière a trouvé que Plieux avait l’air d’un musée.

N.D.L.R. : En attente du copyright de l'auteur.
Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le mardi 8 janvier 2019
Désultoirement vôtre ! - Transmission du patrimoine - Economie
0
Une candidate possible à l'achat d'un monument historique emblématique de ce coin du bocage normand m'a longuement téléphoné ce soir pour me demander combien coûterait à mon avis la restauration de ce dernier.

Pour ne pas la décourager, j'ai articulé un chiffre inférieur à ce que je pense, de trois fois le prix qu'elle m'a indiqué être prête à débourser pour l'achat, si toutefois son mari y consent. Il est vrai que mon expérience de restaurateur de vieilles pierres m'a entraîné, en près de 28 ans de chantier continu, bien au-delà, en la matière, de ce que j'avais pu imaginer au départ. Quelque chose comme sept ou huit fois mon prix d'achat déjà, qui n'était lui-même pas donné (tant mieux pour mon vendeur qui n'aura pas eu la chance d'en profiter longtemps).

Pour autant, est-ce que je le regrette ? Tout bien pesé, pas vraiment. "Such is life", au demeurant.
Me voici transformé, de fait, en agent immobilier officieux (et gratuit), spécialisé dans les monuments historiques de cette partie du bocage (disons à 30 km à la ronde)...

Encore un effet indirect de notre site favori, sans doute.

Là, nous parlons de la Saucerie et aussi de Chaulieu, deux perles du secteur qui auraient tant besoin de trouver un nouveau propriétaire suffisamment fou pour se lancer dans de tels programmes de travaux. Bref, un type un peu dans mon genre...

J'explique que les amateurs ont, par les temps qui courent, une chance extraordinaire que deux telles propriétés, si remarquables à tant d'égards, se trouvent disponibles sur le marché. J'essaye de donner des renseignements pratiques, comme sur les aides publiques aux boisements ou, surtout, sur la fiscalité des monuments historiques (une dimension du dossier sans laquelle, à mon avis, soit dit en passant, tout ce patrimoine tomberait en ruine en peu de générations). On m'interroge également sur les bons architectes du patrimoine, bientôt ce sera, j'en suis sûr, sur les bons artisans. On me parle aussi des fonctionnaires des affaires culturelles avec qui l'on est entré en contact, on me rapporte leurs réponses, leurs conseils, en me demandant mon avis.

A cet égard, voici les derniers messages échangés :

(Début de citation)

De : Pierre-Paul Fourcade <penadomf@msn.com>
Envoyé : samedi 12 janvier 2019 02:40
À : (...)@(...).de
Objet : TR: Demeure historique

Pour info.

Isabelle d'HARCOURT est la déléguée régionale de la DH. Elle en est également administratrice.

________________________________________________________________

De : dHarcourt Isabelle
Envoyé : vendredi 11 janvier 2019 23:00
À : Pierre-Paul Fourcade
Objet : Re: Demeure historique

Je suis très étonnée d'une telle réponse de la part de la DH, contraire à la pratique actuelle et même originelle.
Soit cette personne n'a pas bien compris, soit elle préfère ne pas adhérer pour le moment, soit elle est tombée sur une nouvelle stagiaire mal informée.
Il est vrai que en principe ce sont les monuments qui sont adhérents, qu'ils soient protégés ou non, et ce depuis la fondation en 1924.
On peut adhérer en ligne sur internet.

Amicalement,
Isabelle d'Harcourt

________________________________________________________________

Le vendredi 11 janvier 2019 à 15:18:06 UTC+1, Pierre-Paul Fourcade <penadomf@msn.com> a écrit :

Chère Madame,

Oui, je connais (...), il habite dans une maisonnette ("la maison rouge") à côté de son château. Il semble qu'il ait donné l'exclusivité au cabinet LE NAIL.(...)

Chaulieu est sensiblement plus important que la Saucerie. Les deux sont très remarquables et pittoresques.

Je suis un peu étonné de la réponse que vous avez obtenue de la DH. Cela peut s'expliquer parce qu'ils ne souhaitent pas que leur savoir-faire soit connu de ceux qui pourraient nuire aux MH, ce qui n'est manifestement pas votre cas.

Bien cordialement,

PPF

________________________________________________________________

De : (...)@(...).de
Envoyé : vendredi 11 janvier 2019 15:05
À : penadomf@msn.com
Objet : Demeure historique

Cher Monsieur Fourcade,

`Demeure historique´ m´a répondu qu´une adhésion n´était possible que pour les propriétaires de MH. Les éventuels propriétaires en devenir (si je puis dire) ne sont pas admis. Par conséquent, je n´ai pas accès aux documents qui pourraient justement m´être utiles… Cela aurait été trop simple. Leur juriste (en vacances) va me rappeler prochainement. A défaut je vais essayer de me faire envoyer le `Que-sais-je?´ que vous m ´avez recommandé.

Le chateau de Chaulieu est effectivement remarquable… Il faudrait le visiter pour se faire un idée. Connaissez-vous éventuellement le propriétaire? J´ai envoyé un courriel à la Mairie de Chaulieu.

Nous avons un mètre de neige dans le jardin et il fait – 5°C… La douceur de la Normandie manque soudain beaucoup, même si les paysages ici sont grandioses.

Bien cordialement,

(...)

________________________________________________________________

De : Pierre-Paul Fourcade <penadomf@msn.com>
Envoyé : vendredi 11 janvier 2019 05:47
À : (...)@(...).de
Objet : RE: La Saucerie

Je vous signale aussi que, à une trentaine de km, le très remarquable château de Chaulieu est à vendre à un prix qui peut sembler modéré.

________________________________________________________________

De : Pierre-Paul Fourcade <penadomf@msn.com>
Envoyé : jeudi 10 janvier 2019 18:14
À : (...)@(...).de
Objet : RE: La Saucerie

Chère Madame,

Pour la fiscalité, le mieux serait que vous adhériez à "La Demeure Historique". Ils ont des services très compétents dans tous domaines intéressant les propriétaires de MH. Ils produisent notamment un ouvrage très bien fait sur la fiscalité des MH, selon les cas de figure.

Sur la fiscalité, vous pouvez lire un résumé très bien fait dans le "Que sais-je ?" sur les MH. En peu de pages, l'essentiel y est dit.

Avez-vous contacté DESGRIPPES ?

Bien cordialement,

PPF

________________________________________________________________

De : (...)@(...).de>
Envoyé : jeudi 10 janvier 2019 18:07
À : penadomf@msn.com
Objet : La Saucerie

Cher Monsieur Fourcade,

Suite à notre conversation téléphonique, je vous envoie ce petit courriel afin que vous disposiez de mon adresse au cas où vous retrouveriez les coordonnées de la personne pouvant me fournir des renseignements en matière de fiscalité.

Je poursuis ma collecte d´informations. J´ai appris par exemple qu´un programme de reboisement peut donner lieu à des exonérations d´impôt foncier sur des périodes allant de 10 à 30 ans.

Après vérification, la surface du Manoir de la Saucerie n´excède effectivement pas les 200 m2 (ce qui nous conviendrait très bien). Le fascicule rédigé par Bernard Desgrippes et Gérard Louise (que vous m´aviez recommandé) est une précieuse source d´information.

Avec tous nos remerciements pour toute indication pouvant nous être utile.

Meilleures salutations de (...) où nous avons à présent un mètre de neige dans le jardin!

(...)

(Fin de citation)