Références culturelles

Bonjour,

De belles photos avec un bel éclairage, sur du beau travail, voilà de quoi satisfaire le maître de céans.
Jolie lumière sur la cheminée, avec des vitraux légèrement colorées, quel chatoiement on aura...

J'ai remarqué, sur le site de Guédelon, une cheminée avec le linteau de bois, avez-vous vu?

Le tout couronné d'un poème, quelle forme ce matin...

Bonne journée !

Le kärcher de Bernard a fait ressortir la couleur des pierres.

C'est ainsi que, ce matin, je découvre avec effroi une nouvelle preuve des ignominies commises à la Chaslerie par mes prédécesseurs immédiats : du granit bleu des mers du Sud, sans doute récupéré sur des pierres tombales (car où trouve-t-on des matériaux aussi incongrus ?), en lieu et place de bonnes et franches dalles aux tons rouillés du terroir...

1er juin 2011, les pierres du seuil de la porte piétonnière de la Chaslerie.

Et là, une fois de plus, je m'interroge. Comment peut-on être assez insensible pour perpétrer de tels forfaits ? Tant de nullité est intolérable. Et quand je pense qu'il y a encore un neveu de ce Tonton qui ose prétendre par voie de presse qu'Henri LEVEQUE était un homme de goût, mon sang ne fait qu'un tour.

Il va donc falloir que je me préoccupe de faire disparaître au plus tôt ces horreurs.

Voici une chanson que ni Pascal, ni moi, ne siffloterions ce matin...

Pascal râle parce qu'en restaurant la charpente du fournil de la ferme, Roland BOUSSIN n'a pas, selon lui, tenu compte de la longueur du conduit de cheminée. Pascal va donc devoir surélever ce dernier, donc démonter puis remonter la collerette de pierres qu'il avait artistiquement disposée l'an dernier.

Dans l'immédiat, Pascal a entamé ses travaux de rampannage :

1er juin 2011, Pascal commence à rampanner le fournil de la ferme.

@ Lucyna GAUTIER :

Plus je pense à ce portail et plus je me dis que ce serait une très mauvaise idée de le réaliser en bois.

En effet :

- il est nécessaire que le tracteur "Valtra" (ou tout autre engin du même calibre) puisse accéder au "Pournouët" ; cela est vrai tant que la douve Est n'aura pas été restaurée ; mais cela restera tout aussi vrai ensuite ;
- même avec Pascal au volant, l'expérience montre qu'un portail de bois de 3 m de large ne résiste pas aux caresses, même superficielles, d'un tel engin ; pour preuve, voici l'estafilade de 22 cm de haut sur l'un des battants de la porte charretière d'accès à la cour du manoir :

5 juin 2011, détail de la porte charretière de la Chaslerie.

- si les dégâts sont tels sur un portail aussi costaud, qu'en serait-il pour votre structure arachnéenne ?
- à titre d'exemple, voici le résultat d'un frôlement furtif du tracteur d'un précédent fermier sur le fournil du manoir (ici, dans l'état où je l'ai trouvé lors de mon achat de la Chaslerie)

Janvier 1992, le fournil du manoir à l'époque.

Donc, sans méconnaître le charme de votre proposition, j'insiste pour que le portail et la grille à claire-voie soient tous deux en fer.

Révélation ce matin au réveil, digne assurément d' un comique troupier ! La nuit portant conseil, j'ai en effet eu l'idée d'implanter le nouvel évier dans l'embrasure d'une des deux fenêtres de la future cuisine du logis, au rez-de-chaussée de la tour Nord-Est. Les dimensions collent parfaitement. De plus, il y a bien eu par là un évier...

8 juin 2011, la sortie de l'ancien évier de la tour Nord-Est.

... ce qui tombe d'autant mieux que l'évier livré hier est équeuté. Il suffira donc de déplacer la sortie, un jeu d'enfant pour Pascal.

Bien sûr, cela pose la question du potager à trouver pour compléter l'autre embrasure de fenêtre de cette future cuisine. Une idée serait de lancer un appel aux visiteurs du site. Une autre, que me suggère Pascal, est de lui confier le soin de tailler un granit, ni plus, ni moins. Cette proposition me plaît beaucoup et je suis heureux de voir les talents de Pascal s'épanouir ainsi à la Chaslerie.

Quant aux autres pierres livrées hier, celles du haut de conduit de cheminée, j'ai bien senti que Pascal rechignerait à les placer sur le fournil de la ferme ou sur la ferme elle-même, tant elles lui semblent lourdes. A mes yeux, elles confèreraient d'ailleurs trop de "manorialitude" à ces bâtiments de statut modeste. Mais je me dis qu'elles auraient toute leur place pour remplacer les mochetés chères à notre comique troupier, sur les écuries :

8 juin 2011, la cheminée ratée devra tôt ou tard être profondément remaniée.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 12 Juin 2011
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Bonne-Maman est revenue passer un week-end à la Chaslerie. Nous n'arrivons pas à nous souvenir de quand date son dernier séjour. Je prétends qu'il remonte au 7 novembre 2009 (ainsi qu'en atteste le "Journal du chantier"), elle assure qu'il n'est pas antérieur au printemps 2010 mais je n'en retrouve pas la mention sur ce site, ce qui confirme que je me laisse parfois aller à une douce insouciance.

Quoi qu'il en soit, elle a pu chanter "Loch Lomond" avec notre ami Stefan JAKUBOWSKI venu prendre le thé en compagnie de Natalia :

"By yon bonnie banks and by yon bonnie braes
Where the sun shines bright on Loch Lomond
Where me and my true love were ever wont to gae
On the bonnie, bonnie banks o' Loch Lomond.

O you'll tak' the high road and I'll tak' the low road
And I'll be in Scotland afore ye
For me and my true love will ne-er meet again
On the bonnie, bonnie banks o' Loch Lomond.

'Twas there that we parted in yon shady glen
On the steep, steep sides o' Ben Lomond
Where deep in purple hue, the hieland hills we view
And the moon comin' out in the gloamin'."

Elle a aussi pu l'écouter jouer de la cornemuse écossaise

12 juin 2011, l'emblême de Stefan sur l'outre de sa cornemuse.

... dans la cour de la Chaslerie...

12 juin 2011, Carole et Simonne FOURCADE écoutent Stefan en compagnie de Natalia.

... ainsi que dans le grand escalier du logis où le grand-oncle Paul ne devait pas en croire ses oreilles :

12 juin 2011, Stefan salue le grand-oncle Paul.

N.B. : Cette fois, Stefan arborait le tartan des Mackenzie car il vient d'hériter de cette pièce d'uniforme d'un de ses amis qui participa au débarquement de Normandie avec ses camarades du "Seaforth Highlanders". Stefan portait également le "sporran" de ce régiment, avec la belle devise "CUIDICH N' RICH" ("Save the King").

J'ai reçu ce matin la lettre de démission que j'attendais. Je ne commenterai pas ce courrier ici, si ce n'est pour noter que le salarié en question n'entend pas, apparemment, respecter la période conventionnelle de préavis. Il va donc me falloir, avec l'aide de Bernard si possible, mettre à l'abri les matériels et matériaux de chantier encore présents à la Chaslerie.

Dans les prochaines semaines, le chantier du fournil de la ferme et celui de la ferme vont donc se trouver interrompus à mon grand regret. Je vais devoir me mettre rapidement en quête d'un nouveau collaborateur.

Malgré cette expérience finalement malheureuse, je n'oublie pas les bons souvenirs dont ce site témoigne surabondamment. Surtout, je conserve la volonté d'employer un maçon à temps plein, en qualité de salarié.

Parmi les prochains travaux importants pour lesquels j'ai besoin d'un professionnel, il y a en effet, outre la ferme sur laquelle on n'en est qu'au tout début du programme :
- la pose de torchis sur l'appentis de la cave et sur l'abri de jardin (ou "maison de Toutou") correspondant ;
- la restauration du mur Ouest de la douve Nord, pour laquelle une demande de permis de construire est en cours d'instruction ;
- la poursuite de la restauration intérieure du bâtiment Nord ;
- la restauration de l'intérieur du logis (qui se trouve toujours dans l'état où je l'ai acheté, donc où il y a encore beaucoup à entreprendre) ;
- la restauration du mur d'escarpe des douves et des biefs (il s'agit là d'un travail qui durera, à lui seul, deux ou trois ans, si j'en juge par mon expérience des murs que nous avons déjà restaurés) ; une étude préalable est en cours à ce sujet ;
- la restauration de l'intérieur de l'"aile de la belle-mère" ; aux dernières nouvelles, Mr T pourrait ne pas exclure de financer ces travaux-ci, sur la base d'une étude préalable qui, évoquant la distribution intérieure, aurait nécessairement des conséquences sur la forme et le positionnement des ouvertures.

En dépit de quelques vicissitudes, le moral se veut délibérément au beau fixe. "Mépriser les hauts, repriser les bas", cette ligne de conduite s'applique ici aussi. Car, malgré sa taille impressionnante à mon échelle, le projet conserve tout d'un petit bonheur, on tâche en tout cas de ne pas l'oublier.

U. G.
rédigé le 9 Juillet 2011
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A propos de l'ordre du bain, je suis sûr que tu avais aussi remarqué ce passage sur wikipedia : "l'ordre de Bath a maintenant six dirigeants : le doyen, le roi d'armes, le greffier et secrétaire, le secrétaire adjoint, le généalogiste et le gentilhomme huissier de la verge écarlate." De ce que je comprends, les nominations à cet ordre relèvent du bon plaisir de la reine...

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 14 Juillet 2011
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Manorialitude...

...ou encore...

"Monsieur de Sainte-Colombe was a French composer and gambist.

It is speculated by various scholars that Monsieur de Sainte-Colombe was of Lyonnaise or Burgundian petty nobility; and also the selfsame 'Jean de Sainte-Colombe' noted as the father of 'Monsieur de Saint Colombe le fils'. This assumption was erroneous as proved by subsequent research taken on by Jonathan Dunford in Paris [1] In fact he was probably from the Pau area in southernmost France and Protestant; his first name was "Jean". His two daughters were named Brigide and Françoise. Sainte-Colombe was vastly celebrated as a veritable master of the viola da gamba, for he did not merely master the instrument, but also improved upon it: he is acclaimed as having added the seventh string (AA) on the bass viol.

In accordance with the celebrated aloofness of Monsieur de Sainte-Colombe, he is claimed to have performed only occasional concerts and exclusively at his home, in consort with his two daughters, whom he had trained. Aside from them, Sainte-Colombe's students included the Sieur de Danoville, Desfontaines, Méliton, Jean Rousseau, and, most notably, Marin Marais, who wrote, Tombeau pour Monsieur de Sainte-Colombe in 1701 as homage to his instructor.

Amongst the extant works of Sainte-Colombe are sixty-seven Concerts à deux violes esgales, and over 170 pieces for solo seven-string viol, making him the most prolific of French viol composers before Marin Marais.

In 1991, Alain Corneau directed a film inspired by the life of Monsieur de Sainte-Colombe entitled Tous les matins du monde, with Jean-Pierre Marielle as Sainte-Colombe and Gérard Depardieu as the aged Marin Marais."

Guy HEDOUIN
rédigé le 15 Juillet 2011
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Bonsoir,

Voilà une musique qui siérait bien à la Chaslerie, vous avez le claveciniste, la joueuse de luth, il nous manque la viole de gambe, cela doit se trouver.
Quant au film d' Alain Cornaud, à voir et revoir, un film rare.

Bonne soirée !

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le Mercredi 3 Aout 2011
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Un de mes poèmes préférés de "la légende des siècles" :

"Les pauvres gens

I

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close.
Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose
Qui rayonne à travers ce crépuscule obscur.
Des filets de pêcheur sont accrochés au mur.
Au fond, dans l'encoignure où quelque humble vaisselle
Aux planches d'un bahut vaguement étincelle,
On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants.
Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs,
Et cinq petits enfants, nid d'âmes, y sommeillent
La haute cheminée où quelques flammes veillent
Rougit le plafond sombre, et, le front sur le lit,
Une femme à genoux prie, et songe, et pâlit.
C'est la mère. Elle est seule. Et dehors, blanc d'écume,
Au ciel, aux vents, aux rocs, à la nuit, à la brume,
Le sinistre océan jette son noir sanglot.

II

L'homme est en mer. Depuis l'enfance matelot,
Il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,
Car les petits enfants ont faim. Il part le soir
Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.
Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.
La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,
Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,
Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,
Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.
Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,
Il s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.
Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.
Dans les brisants, parmi les lames en démence,
L'endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,
Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,
Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent,
Ce n'est qu'un point ; c'est grand deux fois comme la chambre.
Or, la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,
Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,
Comme il faut calculer la marée et le vent !
Comme il faut combiner sûrement les manÂœuvres !
Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;
Le gouffre roule et tord ses plis démesurés,
Et fait râler d'horreur les agrès effarés.
Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,
Et Jeannie en pleurant l'appelle ; et leurs pensées
Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du cÂœur.

III

Elle prie, et la mauve au cri rauque et moqueur
L'importune, et, parmi les écueils en décombres,
L'océan l'épouvante, et toutes sortes d'ombres
Passent dans son esprit : la mer, les matelots
Emportés à travers la colère des flots ;
Et dans sa gaine, ainsi que le sang dans l'artère,
La froide horloge bat, jetant dans le mystère,
Goutte à goutte, le temps, saisons, printemps, hivers ;
Et chaque battement, dans l'énorme univers,
Ouvre aux âmes, essaims d'autours et de colombes,
D'un côté les berceaux et de l'autre les tombes.
Elle songe, elle rêve. - Et tant de pauvreté !
Ses petits vont pieds nus l'hiver comme l'été.
Pas de pain de froment. On mange du pain d'orge.
- Ô Dieu ! le vent rugit comme un soufflet de forge,
La côte fait le bruit d'une enclume, on croit voir
Les constellations fuir dans l'ouragan noir
Comme les tourbillons d'étincelles de l'âtre.
C'est l'heure où, gai danseur, minuit rit et folâtre
Sous le loup de satin qu'illuminent ses yeux,
Et c'est l'heure où minuit, brigand mystérieux,
Voilé d'ombre et de pluie et le front dans la bise,
Prend un pauvre marin frissonnant, et le brise
Aux rochers monstrueux apparus brusquement.
Horreur ! L"homme, dont l'onde éteint le hurlement,
Sent fondre et s'enfoncer le bâtiment qui plonge ;
Il sent s'ouvrir sous lui l'ombre et l'abîme, et songe
Au vieil anneau de fer du quai plein de soleil !
Ces mornes visions troublent son cÂœur, pareil
A la nuit. Elle tremble et pleure.

IV

Ô pauvres femmes
De pêcheurs ! C"est affreux de se dire : - Mes âmes,
Père, amant, frère, fils, tout ce que j'ai de cher,
C'est là, dans ce chaos ! Mon cÂœur, mon sang, ma chair ! -
Ciel ! Être en proie aux flots, c'est être en proie aux bêtes.
Oh ! Songer que l'eau joue avec toutes ces têtes,
Depuis le mousse enfant jusqu'au mari patron,
Et que le vent hagard, soufflant dans son clairon,
Dénoue au-dessus d'eux sa longue et folle tresse,
Et que peut-être ils sont à cette heure en détresse,
Et qu'on ne sait jamais au juste ce qu'ils font,
Et que, pour tenir tête à cette mer sans fond,
A tous ces gouffres d'ombre où ne luit nulle étoile,
Ils n'ont qu'un bout de planche avec un bout de toile !
Souci lugubre ! On court à travers les galets,
Le flot monte, on lui parle, on crie : Oh ! Rends-nous-les !
Mais, hélas ! Que veut-on que dise à la pensée
Toujours sombre, la mer toujours bouleversée !
Jeannie est bien plus triste encor. Son homme est seul !
Seul dans cette âpre nuit ! Seul sous ce noir linceul !
Pas d'aide. Ses enfants sont trop petits. - Ô mère !
Tu dis : "S'ils étaient grands ! - leur père est seul !" Chimère !
Plus tard, quand ils seront près du père et partis,
Tu diras en pleurant : "Oh! S"ils étaient petits !"

V

Elle prend sa lanterne et sa cape. - C'est l'heure
D'aller voir s'il revient, si la mer est meilleure,
S'il fait jour, si la flamme est au mât du signal.
Allons ! - Et la voilà qui part. L'air matinal
Ne souffle pas encor. Rien. Pas de ligne blanche
Dans l'espace où le flot des ténèbres s'épanche.
Il pleut. Rien n'est plus noir que la pluie au matin ;
On dirait que le jour tremble et doute, incertain,
Et qu'ainsi que l'enfant, l'aube pleure de naître.
Elle va. L'on ne voit luire aucune fenêtre.
Tout à coup, a ses yeux qui cherchent le chemin,
Avec je ne sais quoi de lugubre et d'humain
Une sombre masure apparaît, décrépite ;
Ni lumière, ni feu ; la porte au vent palpite ;
Sur les murs vermoulus branle un toit hasardeux ;
La bise sur ce toit tord des chaumes hideux,
Jaunes, sales, pareils aux grosses eaux d'un fleuve.
"Tiens ! Je ne pensais plus à cette pauvre veuve,
Dit-elle ; mon mari, l'autre jour, la trouva
Malade et seule ; il faut voit comment elle va."
Elle frappe à la porte, elle écoute ; personne
Ne répond. Et Jeannie au vent de mer frissonne.
"Malade ! Et ses enfants ! Comme c'est mal nourri !
Elle n'en a que deux, mais elle est sans mari."
Puis, elle frappe encore. "Hé ! Voisine !" Elle appelle.
Et la maison se tait toujours. "Ah ! Dieu ! dit-elle,
Comme elle dort, qu'il faut l'appeler si longtemps!"
La porte, cette fois, comme si, par instants,
Les objets étaient pris d'une pitié suprême,
Morne, tourna dans l'ombre et s'ouvrit d'elle-même.

VI

Elle entra. Sa lanterne éclaira le dedans
Du noir logis muet au bord des flots grondants.
L'eau tombait du plafond comme des trous d'un crible.
Au fond était couchée une forme terrible ;
Une femme immobile et renversée, ayant
Les pieds nus, le regard obscur, l'air effrayant ;
Un cadavre ; - autrefois, mère joyeuse et forte ; -
Le spectre échevelé de la misère morte ;
Ce qui reste du pauvre après un long combat.
Elle laissait, parmi la paille du grabat,
Son bras livide et froid et sa main déjà verte
Pendre, et l'horreur sortait de cette bouche ouverte
D'où l'âme en s'enfuyant, sinistre, avait jeté
Ce grand cri de la mort qu'entend l'éternité !
Près du lit où gisait la mère de famille,
Deux tout petits enfants, le garçon et la fille,
Dans le même berceau souriaient endormis.
La mère, se sentant mourir, leur avait mis
Sa mante sur les pieds et sur le corps sa robe,
Afin que, dans cette ombre où la mort nous dérobe,
Ils ne sentissent pas la tiédeur qui décroît,
Et pour qu'ils eussent chaud pendant qu'elle aurait froid.

VII

Comme ils dorment tous deux dans le berceau qui tremble !
Leur haleine est paisible et leur front calme. Il semble
Que rien n'éveillerait ces orphelins dormant,
Pas même le clairon du dernier jugement ;
Car, étant innocents, ils n'ont pas peur du juge.
Et la pluie au dehors gronde comme un déluge.
Du vieux toit crevassé, d'où la rafale sort,
Une goutte parfois tombe sur ce front mort,
Glisse sur cette joue et devient une larme.
La vague sonne ainsi qu'une cloche d'alarme.
La morte écoute l'ombre avec stupidité.
Car le corps, quand l'esprit radieux l'a quitté,
A l'air de chercher l'âme et de rappeler l'ange ;
Il semble qu'on entend ce dialogue étrange
Entre la bouche pâle et l'Âœil triste et hagard :
- Qu'as-tu fait de ton souffle ? - Et toi, de ton regard ?
Hélas! Aimez, vivez, cueillez les primevères,
Dansez, riez, brûlez vos cÂœurs, videz vos verres.
Comme au sombre océan arrive tout ruisseau,
Le sort donne pour but au festin, au berceau,
Aux mères adorant l'enfance épanouie,
Aux baisers de la chair dont l'âme est éblouie,
Aux chansons, au sourire, à l'amour frais et beau,
Le refroidissement lugubre du tombeau !

VIII

Qu'est-ce donc que Jeannie a fait chez cette morte ?
Sous sa cape aux longs plis qu'est-ce donc qu'elle emporte ?
Qu'est-ce donc que Jeannie emporte en s'en allant ?
Pourquoi son cÂœur bat-il ? Pourquoi son pas tremblant
Se hâte-t-il ainsi ? D'où vient qu'en la ruelle
Elle court, sans oser regarder derrière elle ?
Qu'est-ce donc qu'elle cache avec un air troublé
Dans l'ombre, sur son lit ? Qu'a-t-elle donc volé ?

IX

Quand elle fut rentrée au logis, la falaise
Blanchissait; près du lit elle prit une chaise
Et s'assit toute pâle ; on eût dit qu'elle avait
Un remords, et son front tomba sur le chevet,
Et, par instants, à mots entrecoupés, sa bouche
Parlait pendant qu'au loin grondait la mer farouche.
"Mon pauvre homme ! Ah ! Mon Dieu ! Que va-t-il dire ? Il a
Déjà tant de souci ! Qu'est-ce que j'ai fait là ?
Cinq enfants sur les bras ! ce père qui travaille !
Il n'avait pas assez de peine ; il faut que j'aille
Lui donner celle-là de plus. - C'est lui ? - Non. Rien.
- J'ai mal fait. - S'il me bat, je dirai : Tu fais bien.
- Est-ce lui ? - Non. - Tant mieux. - La porte bouge comme
Si l'on entrait. - Mais non. - Voilà-t-il pas, pauvre homme,
Que j'ai peur de le voir rentrer, moi, maintenant !"
Puis elle demeura pensive et frissonnant,
S'enfonçant par degrés dans son angoisse intime,
Perdue en son souci comme dans un abîme,
N'entendant même plus les bruits extérieurs,
Les cormorans qui vont comme de noirs crieurs,
Et l'onde et la marée et le vent en colère.
La porte tout à coup s'ouvrit, bruyante et claire,
Et fit dans la cabane entrer un rayon blanc ;
Et le pêcheur, traînant son filet ruisselant,
Joyeux, parut au seuil, et dit : C'est la marine !

X

"C'est toi !" cria Jeannie, et, contre sa poitrine,
Elle prit son mari comme on prend un amant,
Et lui baisa sa veste avec emportement
Tandis que le marin disait : "Me voici, femme !"
Et montrait sur son front qu'éclairait l'âtre en flamme
Son cÂœur bon et content que Jeannie éclairait,
"Je suis volé, dit-il ; la mer c'est la forêt.
- Quel temps a-t-il fait ? - Dur. - Et la pêche ? - Mauvaise.
Mais, vois-tu, je t"embrasse, et me voilà bien aise.
Je n'ai rien pris du tout. J'ai troué mon filet.
Le diable était caché dans le vent qui soufflait.
Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J'ai cru que le bateau se couchait, et l'amarre
A cassé. Qu'as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ?"
Jeannie eut un frisson dans l'ombre et se troubla.
"Moi ? dit-elle. Ah ! Mon Dieu ! Rien, comme à l'ordinaire,
J'ai cousu. J'écoutais la mer comme un tonnerre,
J'avais peur. - Oui, l'hiver est dur, mais c'est égal."
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : "A propos, notre voisine est morte.
C'est hier qu'elle a dû mourir, enfin, n'importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L'un s'appelle Guillaume et l'autre Madeleine ;
L'un qui ne marche pas, l'autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin."
L'homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
"Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! Tant pis ! Ce n'est pas ma faute, C'est l'affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C'est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! On ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S'ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C'est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et sÂœur des cinq autres.
Quand il verra qu'il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l'eau, je ferai double tâche,
C'est dit. Va les chercher. Mais qu'as-tu ? Ça te fâche ?
D'ordinaire, tu cours plus vite que cela.
- Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, les voilà !"

On peut tout dire en peu de mots...

La mairie de La Haute Chapelle m'a communiqué hier la copie de la lettre qu'elle vient de recevoir de la "direction départementale des territoires de l'Orne". C'est la première fois que j'entends parler de cette administration qui, d'après ce que je comprends, regroupe les anciennes D.D.E. et D.D.A. (D.D.A.F. à une époque). Ainsi, on n'arrête pas le progrès !

Cette lettre est relative aux travaux envisagés sur le mur Ouest de la douve Nord, comme je l'appelle. Elle montre qu'en plein été, les services de l'Etat sont sur la brèche. Surtout, elle dispense ce dossier d'autorisation au titre du code de l'urbanisme, ce qui semble une bonne nouvelle.

Mais, après examen plus approfondi de ce courrier, je m'aperçois que l'article 425-23 dudit code auquel elle se réfère (et qui en est en réalité l'article R* 425-23, comme nul n'a le droit de l'ignorer) renvoie à l'article L.621-9 du code du patrimoine (cité ici dans la dernière version en vigueur, car cela aussi change parfois). Autrement dit, ces travaux ne sont en réalité dispensés d'aucune autorisation, bien au contraire, et, plus précisément, l'instruction continue... "Vive la France et les joueurs d'accordéon !"

Or il s'agit, comme l'on sait, d'un mur indispensable pour empêcher la ruine d'un bâtiment inscrit à l'I.S.M.H. et lui-même restauré après avoir reçu toutes les bénédictions requises. On voit donc que Courteline a encore de beaux jours devant lui dans ce pays, lui qui remarquait si finement "La vie est si dure / Qu'il faut être indulgent aux gens de procédure."

Quant à moi, du même je préférerai toujours "L'alcool tue lentement. On s'en fout. On n'est pas pressés".

P.S. : Comme il ne m'échappe pas, derrière mon écran, que mes références culturelles ont toujours beaucoup de succès parmi les visiteurs de ce site ô combien captivant, j'en remets une couche et vous confirme à toutes fins utiles qu'"Il y a du soleil sur la France et le reste n'a pas d'importance !"

Hommage aux ancêtres ! Avez-vous vu comme il est mignon, le Mickey barbu ?

A moins que vous ne préfériez cette version ? Pour vous aider à la chanter, voici les paroles :

Gran festin pé déroulé bord la mer
Dimoune finn entouré, létour éne gran di feu
Ler ti John coumance bat so ravann
Fer léker desirer, larme rouler dan lizié (2x)

Ler mo tann oh lo la lé lo lo
Di sang esclavaz monté dessan dan mo lékor
Sa fer moi rapel tou bane crioté
Ziska blier langaz ki ti pé cozer
Mo lesprit continn aller zanfan
Mazinn sa bato la ti separ nou are la terre gran papa
Leve la tête mo guette lorizon
Mo pé fer vizion ki pozisyon cotte nou bane vrai nation
Zordi ici nou danse séga ravann sa mem gran souvenir
Comier banané finn tortirer

Bizin remersi le ciel pou sa la saine
Ki li finn tire dan nou la main
Bizin remersi le ciel pou sa la saine
Ki li finn tire dan nou li pied

Gran festin pé déroulé bord la mer
Dimoune finn entouré, létour éne gran di feu
Ler ti John coumance bat so ravann
Fer léker desirer, larme rouler dan lizié (2x)

ler mo tann oh lo la lé lo lo
Di sang esclavaz monté dessan dan mo lékor
Sa fer moi rapel tou bane crioté
Ziska blier langaz ki ti pé cozer
Mo lesprit continn aller zanfan
Mazinn sa bato la ti separ nou are la terre gran papa
Leve la tête mo guette lor brisan
Mo pé fer vizion ki pozisyon cotte nou bane vrai nation
Zordi ici nou danse séga ravann sa mem gran souvenir
Comier banané finn tortirer

Bizin remersi le ciel pou sa la saine
Ki li finn tire dan nou la main
Bizin remersi le ciel pou sa la saine
Ki li finn tire dan nou li pied