Message #61920

Fédération Environnement Durable
rédigé le Mercredi 27 Mai 2026
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Électricité : enfin le retour du réel… mais qui paiera les milliards déjà engagés ?

‍Les Républicains viennent de publier un programme énergétique qui tranche radicalement avec la fuite en avant actuelle. Nucléaire, souveraineté, explosion des coûts, impasse de la PPE3 : Ce grand parti ose clairement remettre le réel au centre du débat. Mais derrière ce tournant salutaire demeure une question explosive que personne ne veut poser : que fait-on des dizaines de milliards déjà engagés dans l'éolien et le solaire ? Car sans réponse claire à cette question, les discours changeront — pas les factures.

Pendant quinze ans, la France a poursuivi une politique énergétique paradoxale

Fragiliser l'un des systèmes électriques les plus performants du monde — nucléaire et hydraulique — pour investir massivement dans des énergies intermittentes dépendantes du vent et du soleil.
Le résultat est désormais visible partout. Les factures explosent, les coûts de réseau s'envolent, l'industrie perd en compétitivité et les ménages modestes deviennent les premières victimes d'une politique pourtant présentée comme « écologique ».

Car l'électricité n'est pas un luxe. C'est se chauffer, cuisiner, travailler, faire tourner une exploitation agricole, maintenir une petite entreprise ou simplement vivre dignement. Quand les prix flambent, ce sont toujours les classes moyennes et populaires qui payaient en premier — et en dernier.

Un diagnostic courageux

Dans ce contexte, le programme basé sur une analyse rigoureuse, publié, les Républicains marque une étape importante. Ce grand mouvement politique affirme clairement que la France possède déjà un atout stratégique majeur : une électricité abondante, pilotable et largement décarbonée grâce au nucléaire et à l'hydraulique.

Le texte démonte plusieurs tabous. Il rappelle que la PPE3 — la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie, autrement dit le plan énergétique actuel du gouvernement — pourrait encore ajouter entre 15 et 20 milliards d'euros de charges annuelles supplémentaires d'ici 2035. Il pointe également les coûts gigantesques des réseaux électriques nécessaires au déploiement des renouvelables : le seul raccordement de l'éolien offshore représente déjà environ 47 milliards d'euros, financés in fine par les consommateurs via le « TURPE » — cette ligne redoutable de la facture que peu de Français savent lire mais que tous paient. Le résultat est désormais visible partout… et les ménages modestes deviennent les premières victimes d'une politique pourtant présentée comme écologique.

Sur le fond, la FED le dit clairement : ce diagnostic est sérieux, documenté, et il était temps après des années de tergiversations, renoncements et reculs.

L'angle mort du programme qui coûtera des milliards

Mais ce programme comporte un angle de mort majeur — et c'est là que la FED ne peut pas se taire.
Le texte propose d'arrêter les subventions uniquement pour les nouveaux projets éoliens et solaires. Très bien. Mais les principaux engagements financiers ont déjà été signés. Des contrats prévoient jusqu'à vingt années de revenus aux opérateurs, quels que soient les besoins réels du réseau ou l'évolution future du marché. Le méga appel d'offres AO10 pour l'éolien en mer, signé sous Macron, aboutit à lui seul à un engagement de plusieurs dizaines de milliards que ni une abrogation de la PPE3 demandée par la FED et en cours de jugement par le conseil d'État, ni un changement de gouvernement n'effacera.

Sur ce sujet central, le silence du programme est préoccupant.

Dans ce programme énergétique, on ne trouve aucune stratégie de renégociation des contrats existants, aucune réflexion sur les rentes exorbitantes garanties, aucun plan clair pour limiter les engagements déjà pris au nom de la transition énergétique.

Ce n'est pas la première fois. Avant les dernières élections, le RN avait lui aussi promis d'en finir avec la PPE3 — sans jamais déposer le moindre recours, sans toucher à un seul contrat. Les milliards ont continué à partir. LR s'apprête-t-il à reproduire le même scénario ?

La machine est déjà lancée

Car le problème va bien au-delà des futurs appels d'offres. Les projets renouvelables déjà autorisés, combinés au retour en puissance du nucléaire, conduiront mécaniquement à une surproduction massive d'électricité à l'horizon 2035. Conséquence absurde et coûteuse : EDF est de plus en plus contrainte de ralentir ses centrales nucléaires lorsque le soleil et le vent se produisent simultanément. Ce système dégrade l'économie du nucléaire, utilise les installations et renchérit encore les coûts globaux du système électrique — celui-là même qu'on prétend vouloir assainir. Même RTE — le Réseau de Transport d'Électricité — reconnaît désormais que certains projets renouvelables doivent pouvoir être reportés, faute de besoins réels.

La PPE3 n'acte aucune décision d'investissement immédiate et contraignante pour le nucléaire — alors même que la construction d'un réacteur prend quinze à vingt ans. Dans le même temps, le déploiement des énergies renouvelables intermittentes, lui, continue à un rythme soutenu : les parcs éoliens et solaires occupent le réseau, absorbent les financements publics et structurent les choix d'infrastructures pour des décennies. Si bien que lorsque la France décidera véritablement de relancer le nucléaire à grande échelle, elle risque de se trouver devant un réseau saturé par l'intermittent et une filière industrielle atrophiée faute de commandes continue.

La PPE3 ne ferme pas la porte au nucléaire : elle se contente de la laisser entrouverte, tout en laissant les renouvelables envahir la pièce. C'est moins un choix assumé qu'un renoncement déguisé, dont les conséquences se mesureront sur des décennies.

La vraie question

La vraie question n'est plus de savoir s'il faut « un peu plus » ou « un peu moins » d'éolien et de solaire. La vraie question est désormais simple : pourquoi continuer à empiler des infrastructures intermittentes dans un pays qui possède déjà l'une des électricités les plus décarbonées et pilotables du monde, tout en condamnant les Français à payer toujours davantage ?
Les Républicains ont le mérite d'avoir brisé une partie du tabou. Mais iront-ils jusqu'au bout de leur logique ?

" Car annoncer la fin des subventions futures sans s'attaquer aux dizaines de milliards déjà engagés, c'est dénoncer l'incendie tout en laissant brûler la maison".

La position de la Fédération Environnement Durable

Elle prend acte aujourd'hui qu'après 15 années de dénigrement, le réel fini par rattraper tous ceux qui ne sont pas aveuglés par une obsession idéologique : la saturation des réseaux est une évidence et un risque, l'explosion des coûts est une réalité, la fragilisation du nucléaire est incontestable, la dépendance industrielle et la vulnérabilité à des fournisseurs étrangers est dangereuse, et enfin les factures pour les ménages comme pour les entreprises sont toujours plus insupportables. Et n'oublions pas la biodiversité qui paie un lourd tribut à cette invasion incontrôlée et démesurée du renouvelable intermittente.

Tous les partis qui prétendent vouloir désormais vouloir changer de cap répondront à une question simple : auront-ils réellement le courage d'arrêter la machine - y compris de remettre sur la table les contrats existants - ou se contenteront-ils de nouveaux discours pendant que les Français continueront à payer ? Car il ne s'agit plus d'écologie ni même d'énergie. Il s'agit de vérité.

Et la vérité, en démocratie comme sur une facture d'électricité, finit toujours par arriver.

N.D.L.R. : On progresse mais c'est beaucoup trop lent.

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