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rédigé le Jeudi 5 Février 2026
Désultoirement vôtre ! - Economie - Références culturelles
Luc Ferry : « L’IA, une menace mortelle pour l’humanité »

CHRONIQUE - D’après de grands spécialistes, l’IA pourrait un jour disposer de son propre agenda et ainsi souhaiter « persévérer dans son être ». Pour y parvenir, le risque est qu’elle finisse par mentir, tricher, tromper voire tuer.

Ce n’est ni une blague ni une fakenews, mais l’opinion très argumentée de deux lauréats du prestigieux prix Turing (l’équivalent du Nobel dans le domaine de l’IA), Yoshua Bengio et Geoffrey Hinton (ce dernier étant également Prix Nobel de physique…). Bien qu’ils fussent tous deux des acteurs majeurs de la révolution de l’IA, ils n’en pointent pas moins les dangers qu’elle va dans la prochaine décennie faire peser sur la survie même de l’humanité. Certes, dans le domaine de la santé, l’IA sauvera des millions de vies, mais à les en croire, cette technologie est néanmoins plus dangereuse « que la bombe atomique » (ce sont leurs mots).

Pour donner du poids à son cri d’alarme et pouvoir, comme il l’a dit lui-même, « s’exprimer librement sur les risques de l’IA », Hinton a démissionné du poste prestigieux qu’il occupait chez Google. Il faut écouter ces personnalités, connaître et comprendre leurs arguments fût-ce pour les discuter, car ce qui est certain, c’est qu’à la différence de nos politiques, ils savent de quoi ils parlent. Pour commencer, ils attirent l’attention sur le risque majeur de désinformation massive, de cyberattaques et d’escroqueries en tout genre, voire de manipulation des élections grâce à l’usage massif de deepfake, de vidéos truquées dont la fausseté est désormais indétectable, sans parler de la menace bien réelle d’un contrôle universel des citoyens dans les pays totalitaires… De fait, il est exact que nous entrons dans un monde où nous ne saurons plus jamais si ce que nous voyons ou entendons est vrai ou faux ! Il ne s’agit pas d’un fantasme mais d’ores et déjà d’une réalité bien documentée qui peut littéralement miner nos démocraties.

« Destruction créatrice »

Le second effet potentiellement catastrophique de l’IA est son impact sur l’emploi. J’avais déjà évoqué ici même la déclaration de Bill Gates sur X, mais je la cite à nouveau car elle a suscité un débat qui mérite d’être analysé plus en profondeur. Bill Gates avait en effet affirmé que « l’IA allait remplacer à peu près tout le monde dans presque toutes les tâches et tous les jobs », précisant au passage que « les jobs ne sont plus que les reliques des sociétés de subsistance et de pénurie. Grâce à l’IA, la société sera capable de produire suffisamment de nourriture, de médicaments et de services pour que plus personne n’ait besoin de travailler ! » Et de fait, après avoir déjà licencié 27 000 salariés depuis 2022, Amazon vient d’annoncer qu’il allait encore supprimer 18 000 emplois de plus en 2026 ! L’année dernière, UPS en avait supprimé 48 000 et Selon le Wall Street Journal, il y aurait eu 1,2 million de licenciements en 2025 dans les entreprises américaines souvent au profit de robots ou d’assistants IA.

Les disciples de l’excellent Schumpeter font valoir que les besoins humains étant infinis, on verra apparaître de nouveaux emplois qui compenseront ceux qui seront détruits. Le problème c’est que, au moins pour deux raisons, la « destruction créatrice » ne fonctionne plus dans ce contexte au profit des humains : d’abord parce que les nouveaux emplois seront de haut niveau, donc peu nombreux, ensuite parce qu’ils risquent fort d’être aussitôt occupés, non par des humains, mais par des IA !

Troisième danger majeur : 60 % de nos jeunes utilisent une IA comme confident. Sans évoquer les suicides dont l’IA a déjà été accusée, ce super-psy plein d’empathie les enferme peu à peu dans un dialogue en réalité de plus en plus égocentrique et solitaire !

Enfin, quatrième menace, et celle-là bel et bien mortelle selon Bengio et Hinton, celle de voir un jour les machines programmées dans une certaine optique (par exemple « tout faire pour sauver la planète » y compris en supprimant des humains et des projets d’entreprise jugés nuisibles), voire, pire encore, celle de voir un jour l’IA disposer de son propre agenda de sorte que souhaitant comme nous « persévérer dans son être », elle fasse tout pour y parvenir y compris mentir, tricher, tromper et tuer. Face à ces dangers, de bonnes âmes recommandent de tout arrêter : tarte à la crème pour sociologues et pétitionnaires de gauche inconscients des réalités d’une mondialisation dans laquelle s’arrêter n’aurait pour effet que de laisser la place aux autres, c’est-à-dire à la Chine, à la Russie, aux théocraties. Alors que faire ? À défaut de pouvoir faire davantage pour l’instant, il faut à tout le moins réguler d’urgence, ne serait-ce que pour protéger nos enfants dans nos vieilles démocraties en tenant compte du fait que l’IA-Act européen est d’ores et déjà totalement dépassé.

N.D.L.R. : Que du bonheur de tous côtés, c'est charmant !

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