Message #49911

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le Mardi 29 Septembre 2020
Désultoirement vôtre ! - Archives, histoire, documentation - Anecdotes
Alors que je revenais de Mortain, j'ai croisé cette après-midi par hasard mon ancien jardinier Bernard CORBIERE. J'ai évoqué le livre de Gisèle LERICOLAIS, mon ancienne femme de ménage qui fut sa compagne, livre que je lis par longues traites au cours de mes insomnies actuelles :


Gisèle, si discrète lorsqu'elle était à mon service. Gisèle, à propos de qui je savais très peu de choses. Elle déballe tout dans ce livre de 400 pages, dont un père alcoolique, une enfance dans la misère, le viol dont elle fut l'objet au sortir de l'adolescence, son premier mari Algérien qui l'a emmenée au bled, refusait de travailler et lui a fait deux garçons, son second mari, plus âgé qu'elle et qui la maltraitait et dégradait aux yeux des enfants (il lui a fait une fille dont Gisèle était fière dans mon souvenir), de nombreuses aventures sans lendemain, beaucoup d'illusions perdues, toujours la peur de manquer du nécessaire, toujours des travaux ingrats pour gagner peu d'argent pour survivre, mais toujours, aussi, une aspiration à la beauté et à la culture pour elle qui n'a jamais eu l'opportunité de dépasser le niveau du certificat d'études. Ce livre à l'éclat brut ne manque pas de me surprendre. Il y est même question (très peu) de moi, puis de Carole, puis du manoir favori ou de Claude MARTIN (mon premier maçon salarié).

Est-elle la seule personne du voisinage à avoir traversé tant d'épreuves, joué de tant de malchance, au départ de la vie et ensuite, de Charybde en Scylla, profondément incapable de se stabiliser et, pourtant, toujours soucieuse de se sortir de toutes les ornières de son parcours, avec cet étonnant espoir dans ses recherches picturales puis ces confessions ?

Est-elle la seule à vouloir témoigner de ce qu'elle a vécu, de ce en quoi elle croit, de ce à quoi elle aspire ? Au moins, celle-ci ne reste pas mutique comme une buse, bloquée dans des dénis sans fin, bouchée à l'émeri vis-à-vis de qui voudrait la comprendre, de qui voudrait l'aimer.

Bravo Gisèle !

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