Journal du chantier

J'avais, à mon habitude, roulé au milieu de la nuit. Je voulais ne pas perdre des heures dans les bouchons des "gilets jaunes" et être présent, ce matin, pour le début des forages.

Mais, une fois arrivé sur place, j'ai appris que celui-ci serait repoussé de 24 heures.

Demain également, l'entreprise "Netto-Décor-Propreté" reviendra, quant à elle, répandre des produits chimiques à triple dose dans la tour Louis XIII et la chapelle car j'en ai plus qu'assez de devoir aspirer des tombereaux de cadavres de mouches dans ces bâtiments.
La journée devait se traduire par la réalisation du 1er des 19 forages à 100 m de profondeur dont j'avais, il y a quelques semaines, signé le devis préparé par David BREBANT.

La journée a commencé normalement :

6 décembre 2018 à 9 h 51.

6 décembre 2018 à 9 h 52.

Le trépan a été placé au-dessus de la 1ère marque que David BREBANT avait apposée dans l'herbe, au coin Nord-Est de la pièce de terre qui jouxte la charretterie au Sud...

6 décembre 2018 à 9 h 52.

... puis le forage a commencé, à 9 h 53 précisément :

6 décembre 2018 à 9 h 53.

Des tubes de 3 mètres de long chacun ont été vissés bout à bout au fur et à mesure que le trépan descendait :

6 décembre 2018 à 9 h 54.

6 décembre 2018 à 9 h 54.

Le décompte décroissant de ces tubes, placés sur le côté du derrick, permet de comprendre à quelle profondeur le trépan est descendu :

6 décembre 2018 à 9 h 56.

6 décembre 2018 à 9 h 57.

Très rapidement, on a rencontré du schiste en décomposition :

6 décembre 2018 à 9 h 58.

6 décembre 2018 à 9 h 58.

6 décembre 2018 à 10 h.

6 décembre 2018 à 10 h.

6 décembre 2018 à 10 h.

Sur le côté de cette photo, on dénombre 35 tubes ; il y en a assez pour descendre par conséquent à 105 mètres sous la surface du terrain. Ici, tous ont réintégré le côté de l'engin car on retire le premier trépan, celui destiné aux sols meubles, d'une largeur de 254 mm, après qu'il a percé les 12 premiers mètres :

6 décembre 2018 à 10 h 05.

6 décembre 2018 à 10 h 06.

Voici les machoires de ce premier trépan :

6 décembre 2018 à 10 h 06.

Il faut alors tuber ces 12 premiers mètres de manière à empêcher les terrains meubles d'obstruer le trou ; ce tubage s'effectue avec ces tubes bleus, de 4 mètres chacun :

6 décembre 2018 à 10 h 06.

6 décembre 2018 à 10 h 07.

6 décembre 2018 à 10 h 07.

6 décembre 2018 à 10 h 08.

Le second trépan, de 165 mm de diamètre celui-ci, peut alors entrer en action dans la pierre au niveau de laquelle nous venons de parvenir :

6 décembre 2018 à 10 h 08.

6 décembre 2018 à 10 h 09.

6 décembre 2018 à 10 h 09.

6 décembre 2018 à 10 h 09.

6 décembre 2018 à 10 h 11.

6 décembre 2018 à 10 h 11.

6 décembre 2018 à 10 h 12.

6 décembre 2018 à 10 h 13.

A 10 h 13, de l'eau ressort du tube. C'est, paraît-il, de l'eau de surface, sans intérêt pour la géothermie :

6 décembre 2018 à 10 h 13.

6 décembre 2018 à 10 h 14.

6 décembre 2018 à 10 h 15.

A 10 h 23, nous sommes interrompus par le livreur des sondes destinées à être enfilées dans les trous qu'il est prévu de creuser jusqu'à 100 mètres de profondeur. Le conducteur du poids-lourd est habile. Donc, jusque là, tout va bien et suit son cours normal :

6 décembre 2018 à 10 h 23.


(J'espère que vous appréciez mon sens du suspense.)
Le livreur est une entreprise de Laval. Il m'a l'air plus malin que son confrère "Normatrans" qui fait toujours des difficultés quoi qu'il ait à livrer à notre manoir favori.

Ici, la livraison porte sur une belle collection de sondes pour géothermie profonde :

6 décembre 2018 à 10 h 25.

6 décembre 2018 à 10 h 26.

6 décembre 2018 à 10 h 28.

6 décembre 2018 à 10 h 40.

6 décembre 2018 à 10 h 45.

J'encourage ce chauffeur à repartir en remontant l'allée historique, en direction du bourg de La Haute Chapelle :

6 décembre 2018.

6 décembre 2018.

Manque de chance, ses roues patineront un peu plus loin et il faudra l'intervention amicale de mon voisin Claude FAVERIS, que j'en remercie, et de son tracteur pour désembourber cet équipage.
Le forage se poursuit, sans difficulté particulière, jusqu'à l'heure de la pause pour le déjeuner. On rencontre deux types principaux de roches, un schiste noir et une pierre blanche qui, d'après moi, doit être du grès armoricain (la "pierre de Domfront"). La pierre est réduite en poussière par le trépan, d'où ces fumées :

6 décembre 2018 à 11 h 31.

6 décembre 2018 à 11 h 32.

6 décembre 2018 à 11 h 32.

6 décembre 2018 à 11 h 35.

6 décembre 2018 à 11 h 35.

6 décembre 2018 à 11 h 39.

6 décembre 2018 à 11 h 41.

6 décembre 2018 à 11 h 56.

6 décembre 2018 à 11 h 58.

A l'heure où je reviens de mon déjeuner à ma cantine favorite, j'ai la surprise de constater que l'eau coule à flot du forage :

6 décembre 2018 à 13 h 11.

6 décembre 2018 à 13 h 30.

6 décembre 2018 à 13 h 34.

Je note ici mes observations dans l'ordre chronologique :

6 décembre 2018 à 13 h 36.

6 décembre 2018 à 13 h 39.

6 décembre 2018 à 13 h 39.

Dès que le forage reprend, l'eau sort en geyser à près de 10 mètres de hauteur et éclabousse abondamment les alentours :

6 décembre 2018 à 13 h 43.

6 décembre 2018 à 13 h 43.

6 décembre 2018 à 13 h 45.

6 décembre 2018 à 13 h 47.

6 décembre 2018 à 13 h 47.

6 décembre 2018 à 13 h 47.

6 décembre 2018 à 13 h 47.

6 décembre 2018 à 13 h 47.

6 décembre 2018 à 13 h 50.

6 décembre 2018 à 13 h 51.

6 décembre 2018 à 13 h 52.

6 décembre 2018 à 13 h 53.

6 décembre 2018 à 13 h 56.

6 décembre 2018 à 13 h 57.

6 décembre 2018 à 13 h 58.

6 décembre 2018 à 14 h 04.

6 décembre 2018 à 14 h 08.

6 décembre 2018 à 14 h 24.

6 décembre 2018 à 14 h 35.

Christophe PRUDENCE me montre un résidu de schiste issu des 12 premiers mètres de forage :

6 décembre 2018 à 14 h 38.

6 décembre 2018 à 14 h 45.

6 décembre 2018 à 14 h 49.

Le trépan de 165 mm a été remonté du fond et va être retiré :

6 décembre 2018 à 14 h 50.

6 décembre 2018 à 14 h 51.

6 décembre 2018 à 14 h 51.

Voici le trépan de 165 mm :

6 décembre 2018 à 14 h 51.

L'eau sort à gros bouillons du trou foré ...

6 décembre 2018 à 14 h 51.

... et coule vers les douves selon des chemins divers :

6 décembre 2018 à 16 h 28.

6 décembre 2018 à 16 h 28.

6 décembre 2018 à 16 h 29.

6 décembre 2018 à 16 h 30.

6 décembre 2018 à 16 h 30.


Je me borne ici à signaler que la situation que je viens d'illustrer est exceptionnelle. On a affaire à un puits artésien et c'est totalement inattendu. David BREBANT m'expliquera un peu plus tard dans l'après-midi qu'en 28 ans de carrière, il a foré 6 000 à 7 000 puits et n'est tombé sur des puits artésiens qu'en une vingtaine d'occasions. Celui-ci est le plus puissant qu'il ait jamais rencontré.

Inutile de dire que cette découverte risque fort de rebattre totalement les cartes de l'installation de chauffage central projetée. Il ne serait plus question de forer 19 puits de 100 mètres comme prévu ce matin encore. Il semble bien que nous devrions basculer dans un système d'aquathermie.

J'en expliquerai les conséquences et les risques dans un prochain message.
Je suis encore sous le choc de la découverte, totalement inattendue, de cette après-midi. Rappelons-nous qu'il y a quelques mois à peine, un mesurage bâclé nous avait donné à penser que l'aquathermie serait sans avenir ici.

Récapitulons les enseignements du jour :
- nous avons trouvé de l'eau de surface vers 8 à 10 mètres de profondeur mais il n'y a rien d'utile à en tirer pour notre problème de chauffage ;
- nous nous sommes heurtés au roc vers 10 mètres de profondeur et jusqu'au bout du forage ;
- nous avons rencontré une grande quantité d'eau à partir de 52 mètres de profondeur et jusqu'à 68 où nous avons arrêté de forer en considérant que nous ne trouverions pas de faille de sortie de l'eau par en-dessous ;
- le dessus de cette réserve d'eau coule à un débit de 25 à 30 m3/h, ce qui est très élevé et devrait permettre l'aquathermie dans d'excellentes conditions ; en particulier, nul besoin de consommer de l'électricité pour pomper cette eau ;
- l'eau en question est tiède, ce qui est également excellent pour l'aquathermie ;
- alors qu'un chauffage par géothermie profonde (ou "par sondes") nécessiterait ici 1 900 mètres de forages à 33 € H.T./m, on devrait pouvoir se contenter, pour alimenter un chauffage par aquathermie, de 2 (ou 4 si on est très prudents) puits de 60 mètres à 46 € H.T./m ;
- alors qu'il aurait fallu, pour un chauffage par sondes de l'ensemble du manoir, trois pompes à chaleur du "modèle T130 de Lemasson", on pourrait se contenter ici de 2 d'entre elles, soit une économie de l'ordre de 14 000 € H.T. au seul titre de la pompe, sans même évoquer tous ses zakouskis ;
- les terrassements pour raccorder les puits à la chaufferie seront très fortement réduits.

Bref, je devrais pouvoir éviter beaucoup de dépenses grâce à la découverte du jour ; en particulier, les arrhes que j'ai d'ores et déjà réglées pour les 1 900 mètres de forage couvrent largement le coût de 4 puits pour aquathermie ; au mieux, je n'aurais donc plus de souci à me faire pour boucler avant la fin de l'année mon plan de financement 2018. Et celui envisagé pour 2019 et au-delà devrait pouvoir être libéré d'une bonne part de l'hypothèque que faisait peser sur mes épaules le poste "plomberie". Ce serait donc de nouveaux, et totalement inattendus, degrés de liberté qui s'offriraient ainsi à moi, c'est-à-dire en fait à notre chantier favori.

Mais ne nous emballons pas. Car il reste toutefois quelques questions techniques complexes à étudier et à traiter :
- la qualité de l'eau trouvée ; si elle est trop ferrugineuse, cela renchérira l'entretien de l'installation et réduira la durée de vie des pompes à chaleur ;
- la possibilité de chemiser au ciment le puits foré : la pression du puits artésien ne sera-t-elle pas trop forte pour empêcher l'assèchement temporaire nécessité par le chemisage ? Si on n'arrive pas à contrôler le puits artésien, cela pourrait être très dommageable ;
- la possibilité de rejeter dans la nappe phréatique l'eau tirée du puits, de manière à ne pas affaiblir cette nappe précieuse : là aussi, ce sera un problème de pression, donc de pompe.

M. BREBANT, qui est passé me voir en fin d'après-midi recommande une démarche empirique, réglant ces difficultés une par une. Cela me semble raisonnable.

Je vais toutefois solliciter l'avis de notre voisin et ami Gontran ACHARD de la VENTE, dont Carole me dit qu'il se chauffe par aquathermie, et de Thierry BURIN des ROZIERS, un professionnel que j'ai toujours trouvé d'excellent conseil.

P.S. : Gontran, que je viens d'appeler ce soir, se chauffe par sondes et non par aquathermie. Quant à Thierry BURIN des ROZIERS, il est toujours aussi aimable et compétent ; il pense que 2 puits d'aquathermie devraient me suffire.
Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le vendredi 7 décembre 2018
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Au réveil ce matin, je me dis qu'il est heureux qu'on ait changé récemment de zone projetée pour les forages. Jusqu'à il y a quelques jours à peine, on prévoyait de forer le terrain jouxtant à l'Ouest l'"aile de la belle-mère". Avec le mur poreux que l'on sait, c'est toute la cour, donc tout le rez-de-chaussée du logis également, et aussi du bâtiment Nord, qui auraient risqué de se retrouver sous l'eau ce matin. A ce seul titre, on a sans doute évité une grosse catastrophe.

De même, je me rappelle la restauration par Claude MARTIN du mur Ouest de la douve Sud. C'était il y a douze ans déjà. Sans l'énorme semelle en béton, les drainages maousse costauds et les chantepleures généreuses dont il avait doté ce mur, où en serions-nous aujourd'hui ?

De même, je me dis que j'ai très bien fait de faire appel à un artisan spécialisé et chevronné comme David BREBANT pour lui confier ces forages. Sans lui, ce serait la panique à bord. Lui reste calme, seulement soucieux de se procurer rapidement une pompe au débit suffisant.