Généalogie et sagas familiales

Savez-vous qu'il existe une note de 10 pages rédigée par L. Blanchetière en 1852 sur La Chaslerie. Il y a un dessin du manoir depuis la porte cochère ainsi qu'un plan "aérien" de l'ensemble. On y trouve également des propos sur l'architecture et la famille Ledin (apparentée aux Cormier et Coupel).

Je peux vous l'adresser!

P.S. : serait-il possible de modifier cet espace d'échanges en y ajoutant la possibilité d'adresser des pièces jointes, du type photo en format JPG ?

@ Sébastien Weil :

Je ne pense pas que j'aie eu l'ouvrage que vous citez entre les mains, car je me souviendrais d'une vue du logis prise de la porte cochère et antérieure à l'incendie de 1884. Je serais très curieux de voir ce dessin, ne serait-ce que pour vérifier si, comme je le subodore, les fenêtres du 1er étage du logis étaient surmontées de lucarnes ; en outre, je serais très intéressé de voir la couverture originale du logis, avant qu'elle ne soit rebâtie 60 cm plus bas...

Je vous serais donc très reconnaissant de me transmettre le document évoqué (dessin et texte), par mail à penadomf@msn.com (pena comme La Haute Pénas, nom patois de La Haute Chapelle, et domf comme Domfront).

A ce propos, il faudrait certainement adjoindre une bibliographie à ce site. Je vais m'y employer, quitte à la compléter dès que de nouvelles infos me parviendront.

Quant à la suggestion que vous faites à la fin de votre message, j'en souligne l'intérêt à Thomas. A lui de jouer ! Dans l'immédiat, vous pouvez également m'adresser toute photo à l'adresse mail indiquée.

Incidemment, j'ai connu M. Jacques COUPPEL du LUDE, un homme d'affaires parisien apparenté aux COUPPEL et DURAND de SAINT-FRONT (donc à Marin Marie), qui s'intéressait à cette propriété parce que des "oncles" à lui (comme il disait) y avaient été élevés au début du 17ème siècle. Ceux-ci s'étaient alliés aux LEDIN de manière à conserver la charge de vicomte de Domfront. Par exemple, Brice COUPPEL, écuyer, Sieur de LESPINAY, vicomte de Domfront de 1615 à 1623 avait épousé en premières noces Marquise LEDIN, décédée prématurément, puis Nicole de MARGUERIT qui, devenue veuve en 1623, avait épousé en secondes noces en 1628 François LEDIN, écuyer, seigneur de la Chaslerie ; ce François LEDIN, dont Marquise LEDIN était la soeur, était lui-même le fils de René LEDIN qui fit construire - plus vraisemblablement reconstruire - en 1598 le logis du manoir. Par ce jeu d'alliances, François LEDIN fut vicomte de Domfront de 1628 à 1639, date à laquelle il démissionna de ces fonctions en faveur de son beau-fils, Siméon COUPPEL, etc.
Marie-Françoise Laurensou m'a signalé hier que les Archives départementales de l'Orne étaient consultables en ligne. Elle m'a même communiqué, et je l'en remercie, deux documents qu'elle a imprimés à partir de cette source. Ils sont relatifs au mariage, en 1701 de Marie Anne de Leydin (encore une autre orthographe !) avec Louis de Groult, écuyer, seigneur de Beaufort. Il s'agit d'une dispense de ban, rédigée en latin, accordée par Louis Antoine de Noailles, archevêque de Paris, et de l'acte de mariage correspondant. Dans la traduction du premier document que Marie-Françoise m'a également communiquée, je relève que cette Marie Anne de Leydin était la fille de Jacques et d'Anne-Marie de Caignoux (le nom Caignou figure bien sur une sablière de la chapelle de la Chaslerie, du côté des brus) , et surtout que cette dispense était adressée "à notre cher curé ou vicaire de l'église paroissiale de la Chalerie". Est-ce à dire que la chapelle du manoir était alors considérée comme une église paroissiale, ou bien s'agit-il d'un "lapsus calami" du secrétariat de l'archevêque susnommé ? Je l'ignore.

En tout cas, ces documents sont l'image 267 et l'image 17 du registre paroissial de La Haute Chapelle en ligne sous la cote 3NUMECRP201/EDPT32_22 (comme ça se prononce !). Autant dire qu'il fallait effectuer un travail de bénédictin, ou bien beaucoup de chance, pour tomber dessus. Il faudra que je demande à Marie-Françoise comment elle s'y est prise pour les trouver.

Quant à moi, je devrai peut-être attendre que Google mette en ligne un moteur de recherche couvrant les documents manuscrits déposés aux Archives de l'Orne avant de cliquer sur "Ledin", "Lesdain" ou "Leydin" pour explorer cette mine inédite. On y est presque, semble-t-il !

Marie-Françoise LAURENSOU
rédigé le 8 Novembre 2009
Désultoirement vôtre ! - Archives, histoire, documentation - Généalogie et sagas familiales
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Soyez rassuré ! Je n'ai pas endossé l'habit des Bénédictines, mais dans le domaine de la généalogie, j'ai hérité leur patience et leur persévérance ! Cela dit, je ne repousse pas l'aide de la chance, mais je dois avouer qu'elle n'est pas très souvent au rendez-vous ! Sébastien Weil vous a-t-il indiqué comment procéder pour commander des registres du notariat ? Dans l'affirmative, auriez-vous la gentillesse de m'en faire part ? Je suis plus qu'intéressée. Merci et à bientôt.

@ Marie-Françoise LAURENSOU : Non, Sébastien WEIL ne m'a pas donné le "modus operandi" des archives notariales autrement que par son message du 19 octobre dernier sur ce livre d'or. Mais je suis persuadé que vous pourriez le contacter directement et qu'il serait heureux de vous faire partager son savoir.

Concernant la déviation de Domfront, j'ai lu avec intérêt les échos parus ces derniers temps dans notre "Publicateur Libre". J'ai ainsi appris que le conseil municipal de La Haute Chapelle venait de délibérer sur ce sujet et d'adopter, si j'ai bien compris, un compte rendu de délibération riche d'informations. Par ailleurs, j'ai lu dans le même numéro qu'il y avait eu débat sur le même sujet au conseil municipal de Domfront. Il semble que la balle soit dans le camp du préfet à qui il reviendrait d'arbitrer. Mais je ne suis guère entré à ce stade dans les détails des aspects techniques du dossier ; j'avais simplement noté que le dossier d'enquête publique était très épais et, m'avait-il semblé, de style approprié pour refroidir immédiatement mon ardeur à lui consacrer plus de deux minutes de mon temps.

François LAMER
rédigé le 19 Mars 2010
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Bonjour

Je ne connais pas encore la Chaslerie mais il me tarde de le faire : furetant en effet sur le web des informations sur mes ancêtres Eugène Constant Leveque et sa femme Sophie Roulleaux, je tombe (c'est le cas de le dire) sur votre site ou je découvre leur pierre tombale ! D'après les documents transmis par leur fils Charles, Eugène est mort dans sa propiété de la Motte à St Mars d'Egrenne. Etait-il à l'époque également propriétaire de la Chaslerie ? Merci par avance des informations que vous pourrez me communiquer.

Cordialement.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 19 Mars 2010
Désultoirement vôtre ! - Généalogie et sagas familiales
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@ François LAMER :

D'abord, bravo pour votre jeu de mots !

Ensuite, je suppose qu'il y a lieu de se féliciter du potentiel de ce site pour rétablir (ou établir) des liens entre membres de la famille des anciens propriétaires.

En réalité, je ne connais pas bien la généalogie de la famille LEVÊQUE, et encore moins bien l'histoire de ses possessions, même depuis un peu plus de deux siècles. Je vais cependant vous envoyer un courriel pour vous donner des pistes de recherche.

Et, bien sûr, n'hésitez pas à venir visiter la Chaslerie à l'occasion, sans oublier la chapelle où reposent vos ancêtres.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 28 Mars 2010
Désultoirement vôtre ! - Généalogie et sagas familiales
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Grâce à M. LAMER, je dispose désormais d'informations généalogiques détaillées sur la famille LEVÊQUE, dont un représentant, François, m'a vendu le manoir en 1991.

Dans la mesure où l'histoire de cette famille s'est longtemps mêlée à celle de la Chaslerie, je commenterai bientôt ces informations ici.

M. François Lamer m'a donc transmis un document de 7 pages dactylographiées, que je vais commenter ici, dans la mesure où il apporte des informations précises, certaines inédites pour moi, à propos de l'histoire de la Chaslerie.

Ce document s'intitule "Notes généalogiques sur la famille Lévêque et plusieurs familles qui lui sont alliées, écrites d'après de vieux livres et papiers de famille de 1854 à 1893 par Charles Lévêque". Il y est précisé que le document original avait été recopié en 1854 par le frère de Charles Lévêque puis recopié par une descendante de celui-ci mais qu'il a disparu lors des bombardements de 1944.

Je ne suis pas en mesure de valider la qualité de ce document. Je me contenterai donc de digressions à l'occasion de l'évocation des informations que j'y ai relevées.

1 - La première impression que je retire de ce document, c'est la confirmation de l'étonnante stabilité, à travers les siècles, du tissu social de ce coin du bocage normand.

Selon le document, le premier membre de la famille Lévêque dont on ait conservé la trace est Jehan Le Vesque, décédé en 1568, soit 30 ans avant l'édification du bâtiment principal de la Chaslerie, tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Or, nombre des autres noms de familles cités dans le document me sont familiers car ce sont, aujourd'hui encore, les noms de voisins de la Chaslerie.

A travers le document, on perçoit également, outre la profondeur de l'enracinement local, l'opiniâtre permanence ou la patiente progression sociale de plusieurs de ces familles. Ainsi, le premier Ruault cité est un notaire actif dans le secteur en 1590 et logé à la Vaidière, sur le territoire de la commune voisine de Saint-Mars d'Egrenne ; or, j'ai rencontré dernièrement un Ruault du Plessis Vaidière, étudiant en notariat à Rennes. De même, la branche de la famille Roulleaux apparentée aux Lévêque descend notoirement d'un révolutionnaire actif, représentant du Directoire à Domfront, ainsi d'ailleurs que de Beaumarchais ; cette branche a produit depuis deux siècles, sous le nom de Roulleaux-Dugage, nombre de préfets et de parlementaires défenseurs des bouilleurs de cru ; elle a même rejoint la noblesse pontificale, avec le titre de baron, à ma connaissance durant la première moitié du XXème siècle.

Dans un tel contexte, je mesure à quel point le méridional que je suis, sans attaches familiales locales, peut apparaître différent ("horsain, comme ils disent). Je serais d'ailleurs curieux de savoir si la greffe prendra à un stade de ma descendance, parmi les futurs propriétaires de la Chaslerie (on voit là que je me considère volontiers comme le premier - par l'ancienneté - représentant de la troisième famille propriétaire de la Chaslerie, après les Ledin et les Lévêque).

2 - Il est signalé que l'ancienne orthographe du nom de la famille Lévêque, soit Le Vesque, se retrouve dans la dénomination encore en vigueur au XIXème siècle de "Baillée aux Vesques" pour désigner la terre de la Baillée, à Saint-Mars-d'Egrenne (Orne), appartenant encore à la famille Lévêque du temps de l'auteur du document.

Je me suis rendu il y a huit jours aux lieux-dits évoqués dans ce document, à savoir la Baillée Auvêque (orthographe contemporaine sur mon plan de l'I.G.N.), la Source et la Jarrière, trois "villages" limitrophes sis sur le territoire de Saint-Mars d'Egrenne.

On peut imaginer que le paysage en était riant tant qu'il demeurait bocager. Aujourd'hui, là comme ailleurs, hélas, l'électrification des campagnes et l'agriculture intensive ont altéré le site. Ce dernier est par ailleurs plaisant puisqu'il fait face à la commune de Torchamp, de l'autre côté de la vallée, encaissée à cet endroit, de la Varenne . L'Egrenne conflue légèrement en amont des lieux-dits en question.

Certains membres de la famille aiment, semble-t-il, rappeler l'ancienne orthographe de leur nom.

Ainsi, un témoin direct m'a raconté qu'Henri Lévêque (le père de mon vendeur), qui est enterré dans la chapelle de la Chaslerie, se présentait toujours comme "Henri Lévêque, grand L, petit e, grand V".

De même, il ne m'a pas échappé que le panneau qui signale l'arrivée à la Baillée Auvêque porte actuellement le nom de "Baillée aux Vesques" mais que ce panneau n'est pas du modèle de type D.D.E. des panneaux des "villages" voisins.

3 - Me promenant à proximité des bâtisses en question, je me suis rendu compte de leur médiocre état d'entretien, mais aussi de l'ancienneté de certains bâtiments qui ne sont pas en parpaings.

En fait, le bâtiment le plus intéressant, de qualité manoriale, est le logis de la Jarrière, dont une porte et une fenêtre sont ornées d'un linteau en accolade, et une fenêtre d'une grille fleurdelisée (je m'étonne d'ailleurs que ce logis ne soit pas cité dans l'ouvrage de Bernard Desgrippes, "Châteaux et manoirs du Domfrontais"). J'ai soigneusement observé les granits qui ont servi à la construction de la Jarrière, sans doute au début du XVIème siècle compte tenu de ces accolades.

Car, il y a une quinzaine d'années, lors d'une "Journée du patrimoine", un visiteur m'avait signalé, et je l'avais noté, que l'imposante cheminée qui orne la salle à manger du bâtiment principal de la Chaslerie provenait de la "Jarrière à Torchamp". Il s'agit à l'évidence, vu la couleur du granit, de la Jarrière à Saint-Mars d'Egrenne. Je suppose que cette transplantation est postérieure à l'incendie de 1884 évoqué sur ce site internet. Sans doute a-t-elle été organisée par Henri Lévêque, lors de ses travaux des années 1950 ou 1960.

4 - Le document transmis par M. Lamer donne la réponse à la question qu'il avait posée ici.

Une note en bas de page (la note 11) indique en effet qu'Eugène Constant Léveque Lepail "se fit inhumer dans la chapelle de la Challe ? propriété qui appartenait à sa femme par sa famille Roulleaux la Vente (appartient encore à une branche Levêque, cousins)".

Il s'agit à l'évidence de la chapelle de la Chaslerie où reposent, comme en témoignent ici des photos de la "Photothèque", Eugène Constant Lévêque et son épouse Sophie Adélaïde Roulleaux.

Or, jusqu'à cette indication, j'ignorais l'identité des propriétaires de la Chaslerie après sa vente, comme Bien National, en 1794, à "Roland Gaupuceau et Goupil". Il serait sans doute intéressant, dans le prolongement de cette information, d'expliciter le lien, s'il existe, entre l'un ou l'autre de ces personnages et la famille Roulleaux-Dugage.

5 - Le même document signale qu'une fille d'Eugène Constant Lévêque et de Sophie AdélaÎde Roulleaux, prénommée Eugénie Marie et née en 1821, épousa en 1842 "Louis André Goupil dont les parents riches propriétaires habitaient la commune de Tessé la Madeleine".

Grâce au document transmis par M. Lamer, je comprends que c'est cette Eugénie-Marie Goupil qui a été la marraine, alors âgée de 70 ans, de la cloche de la chapelle de la Chaslerie, ainsi que l'atteste l'inscription sur cuivre que nous avons retrouvée lors de la restauration de la couverture de la chapelle (il y a cependant un doute sur la date, donc sur l'âge de la marraine, car la photo sur laquelle on l'a lue est très floue ; voir "Photothèque" ; il faudrait remonter dans le clocher pour en avoir le coeur net). J'en déduis que c'est peut-être son père qui avait été à l'origine des décors peints au XIXème siècle autour des deux fenêtres de la chapelle. Ainsi, comme moi, ce prédécesseur aurait veillé de son vivant à restaurer la chapelle où il comptait être enterré le plus tard possible. Et l'on sait que, comme son épouse, il est mort à un âge tout à fait respectable.

Quant à la famille alliée Goupil, l'important château néo-Renaissance de Tessé-la-Madeleine, qui sert aujourd'hui d'hôtel de ville à Bagnoles-de-l'Orne, a été construit ainsi que le relate un numéro spécial de "l'Illustration" daté de 1927.

Je cite le passage : "En 1850 fut aussi édifié le château de Tessé-la-Madeleine ou de la Roche-Bagnoles par M. Goupil. Grande bâtisse, sans vrai style, mais admirablement situé, qui abrita longtemps une des plus grandes fortunes de France (...)".

Comment ce M. Goupil avait-il bâti cette fortune ? Quels étaient ses liens avec l'acheteur de la Chaslerie, Bien National de 1794 ? Ce serait sans doute intéressant de l'apprendre.

Quoi qu'il en soit, une nouvelle fois, ce site internet vient de montrer son utilité pour faire remonter à la surface des informations pertinentes sur la Chaslerie et son histoire.

Bien des points demeurent obscurs mais je ne doute pas qu'avec l'aide des visiteurs du site, nous aurons encore de belles occasions de progresser ensemble dans cette recherche et cette connaissance.

A cet égard, je précise qu'au delà de ces considérations partielles, et peut-être partiales, sur les familles qui ont, de longue date, connu la Chaslerie, la priorité pour moi est sans conteste de me procurer des vues de la Chaslerie avant l'incendie de 1884. En effet, depuis que j'en ai fait l'acquisition, je rêve d'en relever les lucarnes qui, selon moi, surmontaient les fenêtres du premier étage du bâtiment principal. Compte tenu de la similitude des constructions, je pense à ce stade de mes informations que ces lucarnes devaient ressembler à celles du manoir de Chaponnais à Domfront, détruit lors des combats de la Libération mais dont il reste des cartes postales anciennes. Ce devaient donc être des lucarnes d'un modèle assez simple.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 25 Mai 2010
Désultoirement vôtre ! - Généalogie et sagas familiales
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Puisque j'en suis à évoquer ma généalogie, je voudrais apporter quelques informations complémentaires.

1. J'ai déjeuné hier à Paris avec mon vieil ami, le préfet Paul Camous. A une époque où la puissance publique dépense des sommes considérables pour éviter des "risques systémiques" dans le monde de la finance, il voulait m'inviter à exposer mon expérience des structures de défaisance à un groupe de "jeunes gens à fort potentiel" dont il s'est chargé de l'éducation complémentaire, en quelque sorte. J'ai moi-même fait partie de ce petit groupe il y a quelques années (on le quitte lorsqu'on dépasse l'âge de 40 ans). J'y ai côtoyé notamment Jean-Marie Messier et Thierry Breton, alors inconnus du public. Pour des raisons diverses que, peut-être, j'exposerai plus tard ici, j'ai décliné l'offre du préfet.

Passant du coq à l'âne, j'ai fait part à ce fin connaisseur du personnel politique français de mes très récentes découvertes sur le Sénateur Jacques Fourcade. Il ne le situait pas. En revanche, il m'a parlé d'un député Franck Fourcade et m'en a dit qu'il avait eu une certaine importance sous la IVème République. Pour ma part, je n'ai jamais entendu parler de ce député. Je n'en trouve pas non plus la trace via Google.

2. L'homme politique le plus connu porteur du même nom de famille que moi est évidemment Jean-Pierre Fourcade ("balais-brosse" pour le "Canard Enchaîné", en raison de sa coupe de cheveux) qui fut ministre de l'économie et des finances dans un gouvernement de Jacques Chirac, alors que Valéry Giscard d'Estaing était président de la République.

J'ai parlé de généalogie avec "balais-brosse" lors d'une remise de la cravate de la Légion d'honneur au père d'un copain, il y a une quinzaine d'années. C'est Christian Poncelet, pas encore président du Sénat, qui officiait, mais Jean-Pierre Fourcade était là, en sa qualité d'ancien ministre de la rue de Rivoli, c'est-à-dire d'ancien patron du récépiendaire. Voici ce qu'a été le début de notre dialogue :

Moi : Bonjour Monsieur le Ministre !
Lui : Bonjour Monsieur !
Moi (souriant) : Permettez-moi de vous féliciter pour votre nom !
Lui (surpris) : Ah ? Et pourquoi donc ?
Moi (malicieux) : Parce que je porte le même !
Lui (percutant) : Ah, c'est vous le Fourcade du Trésor ?

Bref, ça partait bien, j'étais impressionné par sa rapidité de déduction et lui, peut-être, par mon culot. Nous avons donc échangé agréablement sur nos généalogies respectives, en nous abstrayant de la cérémonie en cours. Il m'a expliqué que sa famille, originaire des Hautes-Pyrénées, avait été proscrite de ce département pour propagande bonapartiste voici un peu plus d'un siècle et demi, interdite de surcroît de résidence dans les départements limitrophes, et amenée de ce fait à se transplanter à Marmande. Je lui ai dit qu'à ma connaissance, ma famille Fourcade avait longtemps été bonapartiste, peut-être jusqu'au début du 20ème siècle. Nous avons évoqué les prénoms des mâles de nos familles respectives et avons retrouvé des Jean, des Théodore, ainsi que des prénoms tirés de l'antiquité gréco-romaine, à la mode à l'époque chez les partisans de la Révolution. Tout semblait donc indiquer que nous étions cousins.

Nous nous sommes ensuite promis de rester en contact pour confronter plus en détail nos arbres généalogiques respectifs. Mais la chose ne s'est jamais faite à ce jour. Le sujet ne nous passionnait pas suffisamment. Mais ce blog m'amène à rouvrir le dossier. A suivre.

3. J'ai relevé, ici et hier, que le Sénateur Jacques Fourcade avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Or, ma grand-mère Fourcade (née Renée, Suzanne Labatu) était conseillère municipale de Tarbes pendant la guerre et elle était alors ouvertement pétainiste.

Il n'en allait pas du tout de même du côté de ma mère, née Simonne, Pierrette, Louise Cartou (le 10 septembre 1927 à Toulouse). Son père (à l'état-civil), Edouard, Edmond, Marius Cartou, limonadier (c'est-à-dire tenancier d'un bar, le "Café Cartou") à Saint Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, votait communiste et ma mère, encore lycéenne et pensionnaire au collège de Gaillac (où, me dit-elle, chaque journée commençait en chantant "Maréchal, nous voilà !"), a risqué plusieurs fois sa vie comme agent de liaison des F.F.I. à la Libération.

Bref, je suis le premier fruit d'une mésalliance (aux yeux de ma grand-mère paternelle). Cela ne m'a jamais gêné. Les produits hybrides sont souvent les plus épanouis.

4. D'après ce qu'on raconte dans ma famille Labatu, nous y descendrions de Godefroy de Bouillon (vers 1058-1100), "chevalier franc qui fut le premier souverain chrétien de Jérusalem mais qui refusa le titre de roi pour celui, plus humble, d'avoué du Saint-Sépulcre."

On y prétend aussi que nous aurions pour parents trois frères Anquetil, ecclésiastiques "raccourcis à la Révolution". Ils auraient été originaires de Saint-Aubin-des-Bois, près de Villedieu-les-Poëles. Ceci reste à confirmer. Je me suis rendu au cimetière de Saint-Aubin-des-Bois et n'y ai pas vu leur tombe, si elle y a jamais été.

5. Les questions de généalogie m'ont toutefois toujours paru filandreuses. Voici pourquoi.

Saint Louis (Louis IX, roi de France) a vécu de 1214 à 1270, il est donc né il y a près de 800 ans. Il a été père pour la première fois en 1240. Supposons que, de génération en génération, ses descendants soient tous devenus père ou mère à l'âge de 25 ans. Cela ferait, entre lui et moi, (1952-1252)x4/100 = 28 générations précisément.

Supposons qu'il n'y ait eu aucune consanguinité entre nos ascendants depuis 7 siècles. Cela signifie qu'à l'époque de Saint Louis, chacun d'entre les visiteurs de ce site aurait eu 2^28 (2 puissance 28), soit plus de 250 millions d'ancêtres contemporains.

Comme, à cette époque, la France avait une population de l'ordre de 15 millions d'habitants, cela signifierait que tous les Français de souche, dont je pense faire partie, descendraient de Saint Louis et seraient cousins.

Il est vrai que l'hypothèse de non consanguinité est invraisemblable. Si l'on imagine qu'il y a eu seulement 4 relations de consanguinité en 28 générations, le nombre d'ancêtres contemporains de Saint Louis tombe à à peine plus de 16 millions.

Donc, la certitude de descendre de Saint Louis disparaît très rapidement.

Il faudrait être beaucoup plus fort en démographie que je ne le suis pour savoir combien, statistiquement, il a pu y avoir de relations de consanguinité dans nos arbres généalogiques respectifs.

Et tout ceci sans évoquer la question des naissances illégitimes qui, si elle ne modifie pas le nombre d'ancêtres, rend nébuleux et incertain tout arbre généalogique.

Or, qui pourrait prétendre ne descendre d'aucun bâtard de personne ? Pas moi, assurément, pour qui il n'est pas nécessaire de remonter bien loin dans l'arbre. Et ceci, sans avoir besoin de se référer aux talents avérés de "nousté Henric"...

P.S. : J'ai téléphoné ce soir à ma mère pour qu'elle me donne (ou me rappelle) des détails sur son activité d'agent de liaison pour les F.F.I.

Elle m'a ainsi raconté que les Allemands du camp de Saint-Sulpice avaient coutume de venir au café Cartou où ils occupaient une partie de la salle, les maquisards étant des habitués de l'autre partie de la même salle. Souvent, les Allemands chantaient, puis les maquisards. Parfois, tous chantaient ensemble.

Un jour, un maquisard a demandé à ma mère de livrer une lettre en vélo à Rabastens, commune voisine, et elle l'a fait. Puis les missions se sont multipliées, souvent dans la Montagne Noire, parfois à l'occasion de parachutages de nuit. Le chef du réseau s'appelait (ou se faisait appeler) quelque chose comme Rogers.

Un autre jour, alors que ma mère approchait en vélo de Rabastens, elle a dû faire la queue devant un contrôle allemand à l'entrée du village. Deux Allemands, dont un officier, venaient d'y être tués par les maquisards. Les Allemands fouillaient donc tous les passants. Pas moyen de s'enfuir. Lorsque le tour de ma mère est arrivé, un Allemand l'a reconnue : "Ah, c'est Simone, la fille du café Cartou !" Il l'a donc laissé passer avec un grand sourire et une tape dans le dos, sans la contrôler.

Or, ce jour-là, les sacoches du vélo de ma mère étaient pleines de munitions. Il paraît que les maquisards qui l'ont réceptionnée après cette mésaventure ont ouvert une bouteille de champagne en son honneur, ils étaient persuadés qu'ils ne la reverraient plus.
Joel GUYONNEAU
rédigé le 18 Aout 2010
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Bonjour Monsieur Pierre-Paul FOURCADE
Dans le cadre de recherches généalogiques à limite de la hte Garonne, pres de St Sulpice, j'ai decouvert ce lieu d'échange.
Plus precisément je cherche un complément d'infos sur Juliette Germaine PAGEZE qui fut épouse de Edouard Edmond Marius CARTOU...
Bonne journée à vous

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 18 Aout 2010
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@ Joël GUYONNEAU :
Juliette PAGEZE était ma grand-mère maternelle. Je l'aimais beaucoup. Que souhaiteriez-vous savoir à son sujet ?
(N.D.L.R.: ce dialogue se poursuit par échange de courriels).

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 19 Aout 2010
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Ma mère vient de m'apprendre à l'instant le décès aujourd'hui de sa demi-soeur, Suzanne LEPERS née RIGAUD, dite Suzou, avec qui j'étais entré en relation assez fréquente par la vertu de ce site.

Le 30 juillet dernier, Suzou avait encore écrit sur ce blog qu'elle lisait attentivement. Son témoignage publié ici le 30 mai dernier m'avait frappé.

Suzou avait environ 90 ans. Voici sa photo qu'elle m'avait communiquée il y a moins d'un mois.

Et voici enfin un photo-montage que Suzou m'avait scanné après l'avoir composé et qui représente ma mère, âgée d'une petite vingtaine d'années (donc vers 1947), comme si elle avait posé à côté de leur père à l'occasion du mariage d'une autre demi-soeur, dite Mimi.

Le 26 juillet dernier, Suzou, ayant découvert mon visage sur le site de la Chaslerie, m'avait écrit: "j'ai trouvé une ressemblance avec mon Père c'était un trés bel homme Simone a dû vous le dire !!!!!!" Le 28 juillet, ayant réussi à transférer sur son ordinateur une de mes photos, elle avait ajouté : "ça y est , j'ai fait une magnifique photo et je peux vous assurer que votre ressemblance avec notre Père est bien effective. j'en envoie une à mes soeurs, persuadée qu'elles seront de mon avis !!!!" Mais je ne sais, à part Malue DE COËNE, qui pouvaient être ces soeurs ou plutôt, je croyais que les autres, Mimi, dont j'ignore le nom du mari, et Paulette THOORIS étaient décédées, ainsi que leur frère Freddy...
J'en suis désolé pour les visiteurs du site qui trouveraient que je m'égare, mais je viens de remettre la main, dans le capharnaüm de la Chaslerie, sur trois vieux albums de photos de famille, deux de mes grands-parents paternels et un de mes grands-parents maternels.

Même s'il est vrai qu'évoquer mes grands-parents nous éloigne quelque peu de l'objet de ce site, je me permets de rappeler que celui-ci avait été conçu avec l'idée initiale d'une transmission de connaissances à mes fils, certes sur la Chaslerie, mais aussi - pourquoi pas ? - sur notre généalogie.

Elargir ainsi l'objet du site a au moins deux autres avantages :
- d'une part, éviter que ne se perdent des informations (pas forcément essentielles, je le reconnais) que peu de personnes encore en vie connaissent ; de ce point de vue, le temps est nécessairement compté ;
- d'autre part, inciter des tiers à apporter des témoignages ; or, sans entrer dans des détails qu'un visiteur attentif du site a déjà pu comprendre, je puis confier qu'en ce domaine, celui-ci a d'ores et déjà plus que prouvé son utilité.

En plus, je viens de retrouver le mode d'emploi pour scanner les photos.

Donc, que vous le vouliez ou non, je vais mettre en ligne plusieurs vieilles photos. Et, pour commencer, "à tout seigneur, tout honneur" me voici à Tarbes, à l'âge de quelques mois (donc vraisemblablement en 1952 puisque j'ai été déclaré le 1er janvier de cette année-là), entre mes grands-parents paternels, Henri FOURCADE et son épouse Renée, née LABATU. Me reconnaissez-vous ? Et ne trouvez-vous pas que, dans ma barboteuse, j'étais (déjà ?) mignon tout plein ?

Il faut dire que mes parents n'étaient pas mal non plus. Les voici, photographiés à Dakar, sans doute en 1961. Mon père était alors officier dans l'artillerie de marine (ex coloniale) ; il devait, à l'époque, être l'aide de camp de l'ambassadeur Claude HETTIER de BOISLAMBERT, un gaulliste historique qui termina sa carrière comme grand chancelier de l'ordre de la libération. A Dakar, ma mère, professeur certifiée d'anglais, devait enseigner dans un collège de la médina.

Dans le prolongement de ce que j'ai indiqué ici le 25 mai dernier, je vais pouvoir illustrer à quel point les milieux sociaux d'origine de mes parents étaient différents.

Voici par exemple une photo prise en 1935 à Bouliac - je pense que c'était chez un oncle maternel de ma grand-mère paternelle qui avait fait fortune en Extrême-Orient, je ne me rappelle plus son prénom, l'oncle Alphonse peut-être -. Cette photo montre mon père en train de viser vers un tourniquet de pigeons de carton (et vers le photographe, sans doute son père) ; il est entouré de sa mère, de sa soeur aînée Jacqueline (morte en 1936, littéralement "en odeur de sainteté", de son frère Georges (décédé, je crois, en 1954) et d'un autre garçonnet, plus grand, que je ne suis pas sûr d'identifier ; il pourrait cependant s'agir de Jacques FOURNOL, petit-fils d'Alphonse GUERIN, je crois, et mari de ma marraine.

A peu près à la même époque, voici mon père en enfant de choeur (je me demande si la photo n'a pas été prise devant la "grotte miraculeuse" de Lourdres) :

Voici une idée des loisirs de mon père dans sa jeunesse, un camp scout dans une ambiance digne de l'époque :

On m'a raconté que mon père avait mal réagi à ce type d'éducation. Il manifesta son caractère en passant en coup de vent dans nombre d'établissements scolaires et eut même sa période zazou, comme le montre la photo suivante où il ne porte cependant pas sa fameuse cravate marquée P.M.F.I. (ce qui signifiait, paraît-il, "profond mépris pour la foule imbécile"...). Sur cette photo, il pose adolescent à côté de son frère cadet, Georges

Et l'on voudrait qu'avec un tel père, je n'aie pas l'esprit indépendant ? Mais ceci est une autre histoire, revenons à notre sujet.

D'abord avec une photo des grands-parents maternels de mon père, sachant que je n'en ai aucune de ses grands-parents paternels. Il s'agit ici de Paul LABATU et de son épouse, née GUERIN. Paul LABATU n'avait pas trouvé de meilleure idée que d'être brasseur à Tarbes, c'est-à-dire loin de tout champ de houblon. Son affaire, d'abord prospère, ne survécut pas à la crise de 1929.

Mon grand-père Henri FOURCADE a, lui aussi, tenté sa chance en créant une société dont je retrouve ce document, écrit de sa main :

Mais, là aussi, l'affaire périclita, de sorte que mon grand-père fit l'essentiel de sa carrière comme ingénieur à l'arsenal de Tarbes. Il tenta longtemps de démontrer que le "principe de Carnot" était faux, avec le succès que l'on imagine. Lorsque, à la fin des trop rares dîners que j'ai pris en sa compagnie je lui demandais : "Bon-Papa, fabrique-moi un mât-totem !", il choisissait une banane, la pelait soigneusement, la sculptait de quelques coups de couteau et me la donnait à manger ; c'étaient alors pour moi les meilleures bananes de la Terre...

Bref, pour en revenir à mon père, après une jeunesse jugée trop turbulente, il fut ni plus ni moins que sommé par sa mère de s'engager dans l'armée, direction l'Indochine. Car, pour cette sainte femme, il avait développé "des goûts et des occupations incompatibles avec son âge et sa situation" (sic)...

Mais avant de partir si loin se faire éventuellement tuer pour la patrie, les hasards de sa formation militaire lui firent faire étape dans la région de Toulouse. Le voici donc en bidasse à Castres, au côté de Georges. C'est alors, soit en 1950 je pense, qu'il rencontra ma mère au Café CARTOU de Saint-Sulpice-la-Pointe.

Aux termes d'un rapport préparé pour ma grand-mère paternelle, très inquiète de cette relation, par une de ses consoeurs de l'"Action catholique", ma mère, étudiante à Toulouse, était alors une "belle plante, élégante et attrayante". "Ah! Qu'en termes galants ces choses-là sont mises !" Qu'on en juge :

Et voici le Café CARTOU où avait poussé cette "plante", photographié au milieu des années 1930. Ma mère est l'enfant de six ou sept ans debout sur la table, semble-t-il.

Vous pourrez noter, au premier plan de cette dernière photo, un caniveau. Ce caniveau évoque pour moi un souvenir très précis : lorsque mes parents, en poste en Afrique (Tunisie ou Sénégal) revenaient passer une partie de leurs vacances en France, ma mère ne comprenait pas ce qui m'arrivait dès notre arrivée à "Saint-Sul" ; en effet, mon corps s'y recouvrait rapidement de boutons qui me démangeaient au point que, chaque soir, elle devait m'enduire de Phénergan pour m'éviter de me gratter. La vérité, que je n'ai comprise que dernièrement, c'est que, découvrant ou retrouvant ce fameux caniveau, si différent pour moi des terrains de jeux desséchés de mon Afrique accoutumée, je passais mon temps à y barboter avec des galopins de mon âge ou à y faire naviguer de frêles esquifs de ma fabrication. Le seul problème, vous l'avez deviné, c'est qu'à l'époque, à Saint-Sul, il n'y avait pas encore de tout-à-l'égoût...

Edouard CARTOU était un homme intelligent. Il me disait qu'il m'aimait "autant que ses chiens", ce qui, de son point de vue, était beaucoup. Parfois, en m'emmenant les promener jusque "là où le soleil touche la Terre", il m'entraînait à chanter son air préféré en conspuant sa bête noire, la "Séphio". Gravement blessé pendant la guerre de 14-18, il avait été ouvrier puis contremaître chez LATECOERE à Toulouse, puis chez RIGAUD, à Saint-Sulpice. Le voici, en espadrilles et cravate mais, curieusement pour moi, sans béret, devant son café, en train de réceptionner une livraison (c'est bien sûr ma mère qui est montée sur le marchepied du camion) :

M. RIGAUD, industriel entreprenant, avait coutume d'inviter périodiquement ses employés et les membres de leurs familles à diverses réjouissances. Un jour, ce devait être en 1925, ce fut au cirque à Lavaur. Malheureusement, il y eut un accident de voiture, sans doute l'un des premiers dans cette région, et mon arrière-grand père Pierre PAGEZE y périt. De ce dernier, il ne me reste plus que son "certificat de bonne conduite" que voici :

J'y note que mon arrière-grand-père mesurait 1 m 64. Or j'observe que ma mère mesure 1 m 70 et que mon père atteignait 1 m 78. De mon côté, j'ai plafonné à 1 m 87. Et mes fils mesurent tous deux plus de 1 m 95. Il semble donc que, dans ma famille, on prenne une petite dizaine de centimètres à chaque génération. C'est sans doute ce qu'on appelle la dégénérescence de l'espèce. Mais fermons la parenthèse.

Ma grand-mère maternelle, Juliette PAGEZE (dite Julietotte) avait très peu d'instruction mais un coeur d'or. Très jeune, elle avait été placée en usine où elle fabriquait des brosses en chiendent. Souvent, elle me chantait "le temps des cerises" ou encore "les roses blanches" qu'aujourd'hui encore je ne puis réécouter sans avoir les larmes aux yeux, et je lui répliquais en fredonnant "Julie la rousse" dont je n'étais bien sûr pas en âge de comprendre toutes les paroles, mais c'était là un autre de ses surnoms. Je crois qu'elle m'adorait. Elle me l'écrivait parfois, avec son orthographe si personnelle. En plus, c'était une excellente cuisinière et je garde un souvenir ineffable mais inoubliable de ses soupes aux choux aux longs filaments de gruyère, de ses "soupes à l'ivrogne", des escargots qu'elle faisait longuement jeûner dans la cave avant de les mitonner d'une façon unique, de ses "croustades" servies encore tièdes et légèrement caramélisées avec un fond de rhum. Bref, avec une telle grand-mère, ce n'était pas un hasard si Saint-Sulpice appartenait au Pays de cocagne. Voici donc Julietotte devant son comptoir du Café CARTOU, entre une bouteille de Pernod et une réclame de Byrrh :

Pour dire la vérité, mon rêve d'enfance était tout simplement que Julietotte eût épousé mon grand-père Henri FOURCADE. Car alors, je n'eusse plus eu de raison d'aller en vacances ailleurs que chez eux... (Ici, je ne suis pas sûr de ne pas me planter dans les modes et les temps ; il serait plus raisonnable que je me calme ou qu'à tout le moins j'interroge ma licenciée ès-lettres de mère...).

J'abrège, rassurez-vous. Donc, en 1952, je suis né à Rennes parce que mon père était élève à Coëtquidan. Le voici d'ailleurs en grand uniforme de Saint-Cyrien :

J'ai été prénommé Pierre-Paul, Henri, Bernard car Pierre était Pierre LEUTARD, mon parrain, un camarade de chambrée ami de mon père au camp de Castres, et Bernard, l'abbé Bernard de SOLAGES, qui unit mes parents. Lorsqu'il me vit pour la première fois, mon père déclara : "Voici Poussy le polytechnicien !" Comme mon premier acte fut d'arroser d'abondance le chirurgien-accoucheur, il ajouta : "Ce sera un bon artilleur !" Il ne me restait plus qu'à lui donner raison mais je ne l'ai fait qu'en partie...

Mes fils trouveront la suite de cette histoire dans la vingtaine d'albums de photos assemblés par mon père jusqu'à son décès en 1983 et conservés chez ma mère à Paris. Après 1983, c'est moi qui aurais dû prendre le relais. Mais je ne l'ai pas bien fait, la barre était trop haute. Les photos que j'ai prises irrégulièrement sont conservées dans des cartons, ici je crois, à la Chaslerie. Ou peut-être à Paris. Il resterait à les mettre en ordre. Je préfèrerais tirer parti des progrès techniques en en commentant quelques-unes sur ce site. Pour terminer, en voici une que Carole vient de retrouver et qui représente nos fils dans les tenues chinoises que j'avais dû leur rapporter d'un voyage professionnel à Hong Kong, en 1986. Mais ceci est une autre histoire...

(Zut alors ! Je ne sais pas où Carole a rangé cette dernière photo, je ne la retrouve pas. Quand je disais que c'est toujours le bazar ici...).
Les Journées du Patrimoine 2010 sont passées, je les termine sur les rotules, effet de l'âge sans doute. Carole officiait dans la cour et moi dans la chapelle.

Cette année, le public était plus local que d'habitude et la proportion d'anglophones était notablement faible. Les festivités de la Sainte Anne, encore présentes dans les esprits, avaient certainement détourné nombre de personnes de revenir aussi vite. En sens inverse, le bouche à oreille avait dû fonctionner pour en attirer d'autres.

Au total, j'ai plutôt eu l'impression qu'il y a eu un peu moins de monde que l'an dernier. Disons 450 personnes au lieu de 500. Bien entendu, il est impossible pour moi d'en être sûr car, coincé dans la chapelle, je n'étais sans doute pas le mieux placé pour en juger. Je n'ai pu m'en extraire qu'exceptionnellement, afin de photographier Carole en train d'expliquer la Chaslerie. Voici les trois photos que j'ai pu prendre :

- d'abord, Carole en pleine conversation avec une dame qui s'est présentée comme "une autre Madame FOURCADE" (rassurez-vous, je veux dire l'épouse d'un homonyme, en tout état de cause une preuve de goût assurément) ; c'est suffisamment rare par ici pour que je l'aie portraiturée (c'est la dame en orange) :

Que peuvent se raconter, quand elles se rencontrent, deux Madame FOURCADE ?

- ensuite, Carole au milieu d'un premier groupe de visiteurs :

Attention, il y en a 3 qui ne suivent pas...

-enfin, Carole au milieu d'un autre groupe de visiteurs. Et l'on voit qu'ils étaient (presque) tous attentifs...

On écoute ce que dit Carole, M. LEROUX...

A noter qu'à l'occasion de cette "Journée", est revenu sur place aujourd'hui l'artisan qui, il y a une cinquantaine d'années, avait carrelé le salon de l'"aile de la belle-mère". Il m'a appris que ses clients, à savoir les parents de mon vendeur, étaient alors établis là et que le logis était encore inhabitable.

Une autre personne m'a parlé de M. Francis IDRAC, qui fut préfet de la région Basse-Normandie il y a quelques années. Elle l'avait connu enfant à la Chaslerie. Je savais déjà que ce mari d'un membre du gouvernement actuel avait pour oncle le père de mon vendeur, cet Henri LEVEQUE qui repose dans la chapelle.

Un autre visiteur, venu de la région de Coutances dans la Manche, m'a manifesté en quelques allusions une connaissance pointue de ce site internet. Il m'a confié le regarder tous les jours. Or c'est toujours agréable pour moi de découvrir un nouveau membre de mon fan-club...

P.S. du 13 juillet 2012 : Pour info, le nouveau membre du fan-club était un personnage dont nous avons, depuis lors, souvent lu les messages puisqu'il s'agit de... Guy HEDOUIN !

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 19 Octobre 2010
Désultoirement vôtre ! - Généalogie et sagas familiales
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Si, comme je le comprends, la fac de Caen est en grève aujourd'hui, je vais rester au chaud et j'aurai tout loisir de reprendre l'analyse des publications du B.R.G.M. sur la géologie dans le secteur de la Chaslerie...

Tout ça commence à me rappeler mai 68. A l'époque, j'étais en terminale au lycée Louis-le-Grand à Paris et un camarade m'avait interdit l'entrée de l'établissement. Ce piquet de grève est aujourd'hui membre de l'académie des sciences, c'est Christophe SOULE.

J'ai revu Christophe l'an dernier, nous fêtions avec une soixantaine des anciens élèves de Denis GERLL, les 95 ans de notre prof de maths de terminale de la filière A' (maths-latin-grec, autant dire la crème) de cet illustre lycée. Une réunion très sympathique à laquelle participaient ainsi 2 médailles FIELDS, Pierre-Louis LIONS et Jean-Christophe YOCCOZ (ils étaient chez GERLL quatre ans après moi, tous deux élèves de la même terminale, ce qui devrait laisser rêveurs pas mal de profs de lycées d'aujourd'hui...), 6 autres membres de l'académie des sciences et un ancien ministre, Hervé MARITON.

Hélas, Denis GERLL, qui avait gardé toute sa tête et une mémoire exceptionnelle, est décédé quelques mois plus tard. C'est sans nul doute le maître qui, de toute ma vie, m'a le plus marqué.

En pleine conversation avec Denis GERLL, pour les 95 ans de notre vieux maître.

Je précise que l'enseignement de Denis GERLL était tellement stimulant que, tirant alors profit de mes "2 ans d'avance", j'avais volontairement redoublé afin d'arriver "chaud" en classes préparatoires, donc de surmonter, deux ans après le bac, les concours des grandes écoles sans trop de difficultés. J'ai en effet toujours eu besoin de garder le temps de rêver un peu. Depuis douze ans, je suis d'ailleurs servi...

P.S. : Trouvé, via Google, cet hommage d'anciens élèves d'Algérie à Denis GERLL. On y aperçoit le local en sous-sol qui nous servait de salle de classe à Louis-le-Grand. Le matériel n'était pas luxueux mais nous n'en avions cure puisque nous découvrions alors, sous la férule de ce maître d'une exigence extrême, les premières beautés de la mathématique...

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 23 Novembre 2010
Désultoirement vôtre ! - Généalogie et sagas familiales
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@ Jacques BROCHARD :

Monsieur,

Dans un article paru dans le numéro du 10 janvier 1992 du "Publicateur libre", vous vous étiez ému de la publication par ce journal d'un extrait du "manuscrit GRAVELLE" (pour les références exactes de ce document, voir les "Repères bibliographiques" de ce site). Vous aviez cru y déceler, m'avait-il été rapporté, la preuve de ce que vous aviez qualifié de "jugements de valeur peut-être trop hâtifs ou trop péremptoires" que vous m'auriez attribués, craignant, écriviez-vous, "qu'ils n'occultent (...) l'objectivité qu'il sied d'adopter au sujet de la restauration de ce splendide manoir".

C'était, on l'a compris, de la Chaslerie que vous parliez avec une piété familiale envers "Henri Levêque, cette grande figure du Domfrontais" qui vous honore assurément.

Voici le texte de votre article, qui n'avait pas manqué de retenir mon attention à l'époque et auquel je suis heureux de donner aujourd'hui la suite qu'il paraissait mériter :

Article de M. BROCHARD dans le numéro du 10 janvier 1992 du 'Publicateur libre'.

Bien entendu, je partage totalement votre souci d'objectivité.

Or, comme je l'ai déjà annoncé ici, je me propose de mettre en ligne, entre Noël et le jour de l'an prochains, afin de marquer les 20 ans de ma découverte de la Chaslerie, un ensemble de photographies que je commenterai sur l'état de ce manoir que vous avez la bonté de qualifier de splendide, tel qu'il était alors et tel qu'il est devenu aujourd'hui.

C'est pourquoi je vous invite bien volontiers à intervenir pour compléter l'information des visiteurs de ce site, au cas où, par extraordinaire, vous estimeriez que ma présentation demeure, pour reprendre vos termes, trop hâtive ou trop péremptoire. Si vous le souhaitiez, nous pourrions même coopérer pour mettre au point cet article avant qu'il ne soit diffusé à des tiers.

Plus généralement, je vous indique que je ne verrais que des avantages à me rapprocher de membres de votre famille qui détiendraient encore des documents anciens sur la Chaslerie. Ces documents, dont trop peu sont disponibles, sont toujours utiles, ne serait-ce que pour ne pas commettre d'erreur dans les travaux encore à venir.

En fait, mes relations avec votre famille se sont, à ce jour, et je le regrette, bornées à entretenir à mes frais les tombes de vos parents, tombes que, d'ailleurs, je serai toujours heureux de vous montrer afin que vous puissiez constater tout le soin que j'en prends.

Je vous assure de ma considération distinguée.

Pierre-Paul FOURCADE

Les archives départementales de l'Orne conservent, sous la cote 1 Q 1052, deux inventaires révolutionnaires des biens meubles de la Chaslerie.

Le premier document est un constat établi à la suite d'une dénonciation. Voici la photo de la première des cinq pages de ce document, écrit sur un papier timbré de la fleur de lys entourée de l'inscription "La Loi" :

Première page de l'inventaire du 5 août 1792

Et voici sa transcription :

Le second document est un inventaire du 15 septembre 1792, dressé en vue d'une "vendue" :

Et voici sa transcription :

Je retiens que, selon ces deux documents, il ne restait plus de meubles de valeur à la Chaslerie dès cette époque, à l'exception peut-être des ornements de la chapelle.

Je remarque également que le fermier GOUPIL qui occupait alors le manoir avait une belle signature, témoignant de son instruction.

Installé à Paris à l'enseigne Saint Hélion au milieu du siècle dernier, Jean DURAND de SAINT-FRONT faisait commerce de vieux papiers. Ce proche parent du peintre MARIN-MARIE, allié aux COUPPEL donc aux LEDIN, avait notamment pour client Henri LEVEQUE, le père de mon vendeur, ainsi que le prouve la lettre suivante que j'ai retrouvée dans un classeur que, fort heureusement, mes prédécesseurs avaient laissé à ma disposition lorsque je suis entré dans les lieux :

Lettre de Jean DURAND de SAINT-FRONT à Henri LEVEQUE.

Saint Hélion a ainsi vendu, donc dispersé, nombre de documents issus du chartrier de la Chaslerie, ce qui est fort regrettable pour la compréhension de l'histoire du manoir. Il reste cependant, aux archives départementales de l'Orne, un dossier intitulé "fonds Durand de Saint-Front", rangé sous la cote 80J7, dans lequel on retrouve un certain nombre de chemises consacrées à diverses familles nobles du bocage. La chemise la plus épaisse est relative aux LEDIN. J'ai commencé à la consulter hier et à prendre la photo des documents qui, à mes yeux de profane, sont apparus à la fois lisibles et intéressants.

Ce message traitera de questions d'héraldique, un domaine où je suis parfaitement incompétent mais qui peut produire de jolies images.

Voici, pour nous remettre en jambes, l'écu des LEDIN en noir et blanc ; c'est une gravure qui doit, comme les documents anciens suivants de ce message, dater du XVIIIè siècle. Les rayures horizontales représentent le bleu ("azur") et les petits points, l'"or" :

L'écu des LEDIN.

Dans le fonds Durand de Saint-Front, j'ai trouvé également les 4 feuilles suivantes que je vous laisse découvrir (la première photo représente la seule feuille dont le verso est vierge).

Première feuille (appelons cette photo la photo A). Elle retrace, de bas en haut, la généalogie des LEDIN, de Pierre II LEDIN à François LEDIN et à ses frères et soeurs :

Recto d'une première page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front (il n'y a rien sur le verso).

Pour arriver à déchiffrer cette première feuille, mieux vaut s'aider du document suivant, tiré du recueil de Patrick DELAUNAY :

Deuxième feuille, recto (photo B). Il s'agit des armes composées d'un LEDIN qui avait, dans son ascendance, des représentantes des familles d'ORGLANDES, MUSTEL du BOSC-ROGER, LE VERRIER, ROGER de COLLIERES, CORMIER de la BINDELLIERE, de MARGUERIT et HEBERT (les indications au crayon ont été portées, manifestement, par un collaborateur du marchand Saint Hélion, désireux de proposer ces vieux papiers à des descendants en vie des familles concernées...) :

Recto d'une deuxième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Le premier à être dans ce cas fut Charles-Claude LEDIN, comme il ressort de ce second document, suite du premier, tiré du recueil de Patrick DELAUNAY :

Deuxième feuille, verso (photo C). On dirait qu'ici, le dessinateur des armes précédentes s'est entraîné à en représenter quelques motifs, dont une herse et une rose :

Verso d'une deuxième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Troisième feuille, recto (photo D). Là, c'est l'apothéose, le dessinateur nous présente, en plus des précédentes, les armes des ancêtres des ascendantes. On trouve ainsi les BROON (famille du connétable du GUESCLIN) chez les ROGER de COLLIERES :

Recto d'une troisième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Troisième feuille, verso (photo E). On pourra se demander longtemps ce que fabrique ici un éléphant...

Verso d'une troisième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Quatrième feuille.jpg, recto (photo F). Enfin, l'interprétation par Saint Hélion des armes présentées par l'ange ci-dessus :

Verso d'une quatrième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Quatrième feuille, verso (photo G):

Verso d'une quatrième page manuscrite d'héraldique du fonds Durand de Saint-Front.

Bien entendu, tous ces écus évoquent pour moi ceux qui étaient peints jadis sur la voûte de la chapelle de la Chaslerie, au-dessus des noms des "pièces rapportées". Ces dessins du fonds Durand de Saint-Front et ces écus de la chapelle ont de bonnes chances d'être contemporains. En tout cas, ils témoignent, les uns comme les autres, de la volonté tenace de la famille LEDIN de manifester l'ancienneté et la qualité de sa noblesse. C'est là un débat sur lequel on aura l'occasion de revenir. On le fera très bientôt, grâce notamment aux documents retrouvés aux archives départementales de l'Orne.