Economie

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 28 Juin 2020
Désultoirement vôtre ! - Pouvoirs publics, élus locaux - Economie
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"Le Nouvel esprit public" de Philippe MEYER traitait aujourd'hui de deux sujets fort intéressants, (1) la manière dont MACRON va pouvoir se débrouiller pour tirer parti des recommandations de la "convention citoyenne pour le climat" et (2) la probabilité d'une prochaine réélection de TRUMP.

Sur le premier sujet, je remarque l'intervention, qui me semble très pertinente, de Jean-Louis BOURLANGES. La voici :

Je pense que ce rapport est intéressant, mais je ne partage pas votre enthousiasme. Il y a des propositions qui, si elles avaient été prises, m’auraient inquiété ; mais celles que j’ai lues me paraissent raisonnables, je n’y suis en tous cas pas hostile a priori. Je m’interroge un peu sur les effets réels en terme d’économie et de réduction des émissions de certaines mesures, comme la limitation de vitesse, mais enfin ce n’est pas là que le problème se pose essentiellement pour moi.
Je suis assez profondément choqué en tant que parlementaire. J’estime qu’on a mis en place un système particulier. Globalement sur l’environnement, on a tout un ensemble de gens divers, des intellectuels, des hauts fonctionnaires, des médiateurs, qui font ce type de proposition depuis des années. On les trouvait par exemple déjà dans les états généraux de M. Borloo. Ces propositions, tantôt raisonnables, tantôt irréelles n’ont donc rien de véritablement nouveau. Mais à la suite des états généraux, elles n’avaient pas vraiment été suivies d’effet. On a donc trouvé un autre système, consistant à prendre ces 150 personnes, recrutées sur sondage. Si l’on choisissait nos dirigeants de cette manière, on ferait de sérieuses économies ... Blague à part, c’est une conception de la démocratie que je trouve tout à fait particulière. Ces 150 personnes, travailleuses, de bonne volonté, et enthousiastes (car l’ampleur de l’enjeu est très stimulante), ont donc de quoi se réjouir, mais ne nous cachons la vérité : il s’agit simplement du dernier avatar en date d’un même réseau. Ces 150 personnes ont pris le relai du monde associatif, et on leur confère une légitimité intellectuelle et politique simplement parce qu’elles sont vierges de toute expérience et a priori impartiales dans ces domaines.
C’est là où le parlementaire souffre. C’est une volonté délibérée de l’ensemble des décideurs publics de faire l’impasse sur la représentation nationale. Dans la société française d’aujourd’hui, les parlementaires n’ont pas le pouvoir. Ils n’ont à aucun moment été en mesure de créer une commission de cette nature. La Constitution ne le permet pas, le gouvernement ne le souhaite pas, le président de la République n’a jamais envisagé de se servir d’aucune façon du relais parlementaire. Et évidemment, quand on tombe sur 150 citoyens de bonne volonté, on a moins de difficulté à faire passer un certain nombre d’options (bonnes ou mauvaises) qui traînent sur la table depuis des années.
RW s’interrogeait sur le silence des parlementaires, la réponse est simple : on les a priés de se taire. On se pose donc la question : la démocratie participative, ou cette bizarre « démocratie aléatoire » (puisqu’elle fonctionne par tirage au sort) n’est-elle pas simplement un moyen d’empêcher la démocratie représentative de fonctionner, comme on le fait depuis des années ? Est-ce un progrès ? Je ne sais pas, mais je constate que les parlementaires sont élus par les citoyens au terme de débats démocratiques, mais que cette conception de la démocratie à la Montesquieu paraît dépassée ; ils ne suffit plus que les citoyens choisissent leurs législateurs et leurs gouvernants, il faut désormais qu’ils légifèrent eux-mêmes. Pourquoi pas, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas de l’ensemble des citoyens mais de quelques personnes tirées au sort. La légitimité démocratique de leurs décisions est donc problématique, quelles que soient leurs bonnes intentions. Je ne suis pour ma part pas persuadé qu’il s’agisse d’un progrès, et pour tout dire je suis inquiet.
Je crois que les propositions sont un très bon matériau de départ, je serais pour ma part tout à fait prêt à ce que l’Assemblée Nationale s’en empare et travaille dessus.
Deuxième chose qui me choque : le caractère spécialisé. Effectivement, je crois que la décision politique est une décision généraliste, et non spécialisée. La notion de « toutes choses étant égales par ailleurs » est incompatible avec la politique. On ne peut pas se permettre de réfléchir à des problèmes d’une façon si spécifique qu’on exclue toutes les autres variables. Ce sont tous les choix stratégiques et politiques qui sont impactés par certaines décisions, et là encore il y a un problème de représentativité : quelle est la compétence ou la légitimité de ces citoyens en matière de politique étrangère, de stratégie, de droit social, etc. ? Ou alors on les érige carrément en contre-parlement, et à ce moment là il leur appartient de faire la synthèse de toutes les activités, mais comme vous l’imaginez, cela me paraît très grave de donner un pouvoir général d’arbitrage politique à des gens qui ne sont pas élus par leurs concitoyens.
Troisième point qui me gêne : le caractère « vote bloqué » de l’affaire. Il va falloir faire un référendum où l’on mettra tout sur la table. Or la décision politique repose sur des amendements, des sélections, des hiérarchisations, tout un ensemble de choses qui passent par un débat citoyen, c’est pourquoi la bonne solution me paraît un prolongement parlementaire et non un vote bloqué référendaire. Cela impliquerait de la part de nos dirigeants une volonté de redonner confiance aux parlementaires. De mon point de vue, on n’en prend pas le chemin.


En ce soir de second tour des "municipales", on mesure une nouvelle fois (je pense ici aux dernières "présidentielles") toute la fragilité des équilibres de la représentation indirecte face aux modes qui déferlent dans le champ médiatique dont le Jupiter auto-proclamé se prétend le "maître des horloges". Une nouvelle fois, l'édifice démocratique traditionnel apparaît bien vermoulu et ne plus tenir qu'à un fil, sous les coups de boutoir répétés de ce que je dénonce comme de la politique à la com' (peut-être, ce faisant, en suis-je un ?).

P.S. : Par ici, je retiens la défaite, à La Ferté-Macé, de ceux qui voulaient le maintien dans la communauté de communes avec Flers. Et également, l'accès au Palais-Bourbon de mon "amie Facebook" Chantal JOURDAN, jusque là suppléante de Joaquim PUEYO, qui ne pourra pas cumuler avec la mairie d'Alençon qu'il vient de retrouver sous une casaque astucieusement choisie.