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L’histoire de L’Apocalypse de Saint-Jean, livre le plus lourd du monde dont la couverture façonnée par Dalí a été volée en Auvergne

Par Alix Vermande
Publié le 05/10/2026 à 20h26, mis à jour le 05/10/2026 à 20h34


RÉCIT - Cette pièce de 150 kilos fermait un ouvrage unique, réputé le plus lourd et le plus cher jamais réalisé. Le parquet de Clermont-Ferrand a ouvert une enquête.

C’était la pièce maîtresse d’un ouvrage hors normes. Dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 octobre, la couverture en bronze de L’Apocalypse de Saint-Jean, sculptée par Salvador Dalí pour l’éditeur d’art auvergnat Joseph Forêt, qui l’avait commandée à la fin des années 1950, a disparu du centre d’art contemporain d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme. Son propriétaire, Christian Karoutzos, a constaté le vol lundi en fin de matinée, en arrivant sur place. L’un des grands portails du bâtiment, situé en périphérie de la ville, avait été fracturé. La pièce, qui pèse environ 150 kilos, est estimée « à plusieurs millions d’euros ». Les pages du livre, elles, reposaient ailleurs. Dans un communiqué, le parquet de Clermont-Ferrand évoque « une œuvre d’art de grande valeur », « une pièce exceptionnelle et unique ». La section de recherches a été saisie.

Seule cette couverture était exposée, et elle devait le rester jusqu’à la fin de ce mois d’octobre. Ornée d’or et de pierres précieuses, elle laisse aussi apparaître des éléments plus insolites, comme des coquillages ou des fourchettes disposées par Dalí. Les parchemins, eux, dormaient en chambre forte. Le bronze n’a d’ailleurs « jamais rien renfermé », expliquait le collectionneur cet été. Il symbolise le livre, dont les feuillets sont restés libres, et Joseph Forêt avait même conçu « une machine pour les tourner ». Christian Karoutzos aime aussi retracer le parcours de l’éditeur, né en 1901 au Mont-Dore. Orphelin très jeune, élevé par sa grand-mère, il poussait enfant « une brouette de fromages jusqu’au marché pour faire vivre le foyer ». Monté à Paris à 18 ans, l’Auvergnat avait enchaîné les petits métiers, couru à vélo, édité des cartes postales consacrées à la petite reine, avant de croiser Utrillo et Dalí et de se lancer dans l’édition d’art.

Une nuit de 1958, il avait imaginé un livre sans équivalent, le plus lourd et le plus cher du monde. Pour ce « livre cathédrale », il avait réuni sept écrivains, dont Jean Cocteau, Jean Giono et Emil Cioran, et sept peintres, de Léonard Foujita à Bernard Buffet en passant par Leonor Fini et Ossip Zadkine. « Picasso avait lui aussi été sollicité », rapportait le collectionneur, mais il avait posé un ultimatum : lui ou Dalí, pas les deux. Forêt avait choisi celui avec qui il travaillait déjà.

Un exemplaire unique

Le projet avait duré trois ans. Dalí avait modelé la couverture dans un bloc de cire, qu’il avait percé pour y loger aussi aiguilles, clous et perles de culture, avant que le fondeur parisien Susse ne la coule en bronze à la cire perdue. Un procédé qui faisait « toute sa singularité » aux yeux de Christian Karoutzos. Là où la plupart des sculptures de Dalí ont été tirées à des dizaines, voire des centaines d’exemplaires, celle-ci n’existait qu’en un seul. La calligraphe Micheline Nicolas avait, elle, tracé à la main « quelque 93.000 lettres sur des peaux de mouton triées parmi 300.000 ». L’ensemble atteignait 210 kilos.

Dévoilé en 1961 au Musée d’art moderne de Paris, le livre avait ensuite fait le tour du monde au fil de quelque 146 expositions, jusque sur le pont du paquebot France, entre Le Havre et New York. Ruiné par l’aventure, Forêt avait dû s’en séparer au début des années 1970. Vendue à un homme d’affaires suisse mort avant d’avoir pu honorer son crédit, l’œuvre avait été reprise par une banque, puis avait échoué dans un entrepôt au Japon, où l’on menaçait de la disperser pièce par pièce pour couvrir les frais de garde.

C’est là que Christian Karoutzos, ancien conservateur-restaurateur, était entré en scène au début des années 2000. Il s’était décidé sur « un coup de cœur », sans prendre le temps de réfléchir, assurait-il. « Il m’a fallu une décennie pour la rembourser, sans m’octroyer un seul jour de repos », confiait-il, avec la fierté d’avoir ramené cette œuvre dans le berceau auvergnat de son initiateur. Le prix ? « Plusieurs millions d’euros », se bornait-il à répondre. Le retour en France lui avait réservé quelques déconvenues. Trois parchemins de Foujita étaient restés à Tokyo, et une Crucifixion attribuée à Dalí s’était révélée être un faux.

Le collectionneur, qui voit dans l’ouvrage « un chef-d’œuvre qui n’a pas son pareil », nourrissait de grands projets. Il espérait le faire reconnaître par l’État pour qu’il reste en France, et rêvait de le montrer enfin dans son intégralité, ce qui exige une salle de près plusieurs centaines de mètres carrés. Une exposition à Angers, ville de la célèbre tenture de l’Apocalypse, était envisagée. Reste désormais à savoir si les pages du livre le plus lourd du monde retrouveront un jour sa couverture.


N.D.L.R. : Les musées de France sont devenus de véritables passoires.

Mais qu'est-ce qui marche encore dans ce pays présidé par un fou furieux et manifestement dangereux ?
Pierre-Paul FOURCADE
rédigé aujourd'hui
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S.M.S. reçu de Carole à 8 heures 53 : "Mieux vaut éviter Gerson. Il y avait déjà des jeunes et d'autres arrivés avec pancartes. Pas méchants mais comment cela va-t-il évoluer ? Et on entendait au loin (Trocadéro ?) des tirs de mortiers."

Ma réponse : "Merci MACRON !"