Archives, histoire, documentation

Profitant d'une insomnie, j'ai voulu lire le début de la dernière publication du "Pays Bas-Normand", association d'érudits locaux qui vient d'éditer le mémoire de maîtrise datant de 1993 de M. Franck MAUGER intitulé "Une vicomté normande à l'aube des temps modernes - Domfront (1450-1525)".

L'ouvrage est volumineux (384 pages) et la couverture est ornée de la reproduction d'une magnifique tapisserie que j'ignorais et qui m'a mis en appétit ("tapisserie mille-fleurs aux armes de Jean de Daillon, seigneur du Lude, capitaine et gouverneur de Domfront de 1474 à 1483, Montacute House, Yeovil, Grande-Bretagne").

Tapisserie mille-fleurs aux armes de Jean de Daillon, seigneur du Lude, capitaine et gouverneur de Domfront de 1474 à 1483.

L'avant-propos et l'introduction générale sont plus facilement lisibles que je ne l'aurais craint, tant je redoute, d'expérience, la propension au verbiage auto-satisfait et parfaitement indigeste de trop nombreux érudits locaux. Je suis donc d'autant plus encouragé à poursuivre que j'ai aperçu, page 6, une remarque judicieuse sur la faiblesse des sources historiques sur la période qui m'intéresse en l'occurence, le début de la guerre de cent ans. Je cite ce passage, relatif à l'ouvrage de l'érudit local Georges LASSEUR, "Histoire de la ville de Domfront", publié en deux volumes dans les années 1940 : "L'ambition monographique qui était la sienne se heurtait à la discontinuité et à l'hétérogénéité du matériau historique. En cause, le sort tragique des archives de l'apanage d'Alençon tôt dispersées puis victimes du terrible incendie qui, en 1737, ravagea la Chambre des comptes du royaume. Bien peu de choses, donc (sic), au regard des belles séries documentaires éclairant l'époque de la tutelle artésienne (1291-1332) ou l'occupation anglaise des années 1418-1450."

La première partie du travail d'étudiant de M. MAUGER est intitulée "Bilan et séquelle d'un siècle de chaos", celui de la guerre de cent ans. J'ai donc voulu y lire les pages consacrées à la première occupation anglaise du Domfrontais et, bien entendu, y retrouver l'évocation, si possible, des premiers LEDIN. Pour ceci, je me suis concentré sur le premier chapitre de l'ouvrage, "Occurrences de guerre au pays bas-normand (1346-1450).", et notamment sur ses pages 13 à 19 illustrées par la carte suivante :

Carte extraite de la thèse de maîtrise de M. Franck MAUGER.

Cette carte témoigne d'une chevauchée anglo-navarraise qui "dévasta" l'abbaye de Lonlay. Or l'on se souvient qu'en termes de féodalité, les LEDIN avaient pour suzerain l'abbé de Lonlay.

M. MAUGER évoque "l'impérieuse Marie d'Espagne, veuve du comte d'Alençon Charles II" et l'on sait que les écrits de cette dernière sont muets sur la Chaslerie. Je me suis toujours demandé si ce silence tenait à la subordination de la Chaslerie à l'abbaye de Lonlay, fief qui devait échapper à l'emprise effective de Marie d'Espagne, ou bien s'il ne résultait pas de la destruction d'un ancien manoir de la Chaslerie aux prémices de la guerre de cent ans, comme j'ai pu l'imaginer en redécouvrant de vieilles pierres sculptées lors de mes propres travaux de restauration. Sur cette question où je l'attendais pour apprécier la finesse de son travail, M. MAUGER ne pipe mot.

M. MAUGER renvoie clairement aux tensions entre les maisons d'Espagne et d'Evreux-Navarre. Il cite le rôle de Godefroy d'HARCOURT en des termes que j'approuve ("parangon d'une conscience normande qui mobilisait bien davantage sur le terrain de l'hostilité à la fiscalité royale que sur les sentiments identitaires"), pour autant que je sois habilité à distribuer les bons et les mauvais points. Il cite (page 15) les événements de 1356 qui conduisirent à l'exécution sans jugement de deux grands barons normands, Jean d'HARCOURT et Jean MALLET de GRAVILLE dont j'ai plaisir à fréquenter des descendants (ou en tout cas des parents). Il écrit (page 15 également) que "l'abbaye de Lonlay est incendiée dans des circonstances qui nous échappent mais qui sont liées à la guerre." Enfin il évoque Bertrand du GUESCLIN (dont on a déjà rappelé ici les liens familiaux allégués avec les LEDIN) qui combattit dans le secteur en 1361 et 1362.

Et c'est là, page 18, à l'occasion d'une note en bas de page, la note (39), qu'à mes yeux l'étudiant caennais de 1993 tombe le masque, me semble-t-il. Il vient en effet d'écrire qu'à la suite de la chute de Mortain et de Tinchebray, "L'importance militaire de Domfront s'en trouvait par là-même renforcée. C'est dans ce contexte qu'il convient de replacer les travaux réalisés au château et aux fortifications urbaines, sur lesquels ne planent rien d'autres que de vagues traditions".

Mais, plutôt que de recopier le texte en question, je préfère mettre en ligne l'intégralité de cette page où de nouveaux détails fort intéressants sont d'ailleurs fournis sur la mansuétude dont a fait l'objet, à l'époque, l'abbaye de Lonlay :

Page 18 d'une thèse de maîtrise d'un étudiant caennais de 1993.

Et voici comment, sans aucune justification alléguée de première main mais en termes virulents qui tranchent avec le ton docte et pondéré adopté jusque là, un étudiant caennais de 1993 se serait fait l'écho des prétendus érudits locaux qui, depuis belle lurette, s'emploient à tenter de rabaisser les LEDIN, en déconnectant curieusement leur sort de celui de l'abbaye de Lonlay.

Tout cela me laisse sur ma faim.

Sur quoi se serait donc appuyé d'HOZIER, dont on nous rebat les oreilles au mépris des originaux à son timbre conservés aux Archives départementales de l'Orne, comme on l'a démontré ici ? Pourquoi, au lieu d'étayer une thèse négative qui, à ce jour, me semble gratuite, ne pas se souvenir, quand il s'agit des LEDIN, que "L'extrême dispersion des sources documentaires interdit toute prétention d'exhaustivité" ainsi que le rappelait, dans un scrupule tardif (page 363...) mais bienvenu l'encore jeune Franck MAUGER ? Est-ce parce que les LEDIN relevaient d'une autre suzeraineté que les tabellions domfrontais que leurs prétentions, légitimes ou non, étaient ainsi combattues ? Pourquoi la mansuétude démontrée en faveur de l'abbaye de Lonlay ne semble-t-elle pas avoir été étendue à tous ses vassaux ? Ou bien doit-on imaginer que l'incontestable ascension sociale des LEDIN suscitait de fréquentes poussées d'urticaire dans un microcosme domfrontais dont le moins que l'on puisse dire est que, pratiquement depuis le XIVème siècle, il observe sans réaction significative utile les manifestations de son lent mais sûr déclin ?

Je promets qu'un tel travail trouverait ici le retentissement qu'il mériterait assurément.

Avec François et Marie-Noël BONEU, nous avions invité samedi à dîner Dominique et Maryvonne LEMAIRE, dont j'ai parlé ici le 30 novembre dernier.

Tous avaient étudié ce site avant de venir, pour essayer de comprendre en quoi avait pu consister ma vie depuis tant d'années où je ne leur avais plus donné signe de vie.

En fin lettré qu'il est, Dominique m'a offert un très bel ouvrage sur Henri IV, car il a découvert ici que je n'excluais pas d'en descendre.

Portrait d'Henri IV à cheval par Mathieu JACQUET, provenant de la Belle Cheminée du château de Fontainebleau, deuxième salle Saint Louis.

Je suis d'autant plus intéressé par cet illustre personnage qu'il régnait sur la France et la Navarre lorsqu'en 1598, le logis de la Chaslerie fut construit (ou même reconstruit, selon moi). Observons la mode vestimentaire du temps. Je ne suis pas sûr du confort de tels atours mais ils ne manquent pas d'allure :

Vers 1610, huile sur toile (H. 1,90 m ; L 1 m) par un artiste français ou hollandais, musée de la révolution française au château de Vizille.

Au château de Fontainebleau, dont Henri IV disait "mes bâtiments de Fontainebleau (...) que vous savez que j'aime", ce roi avait fait installer, entre autres, le tableau suivant de l'Ecole Hollandaise, "Paysage avec un château sur une montagne". A mon sens, cette vue n'est pas sans lien avec ce que pouvait être, à l'époque, l'ambiance de la Chaslerie...

tableau (H. 1,55 m ; L. 1,44 m) en dépôt du département des peintures du musée du Louvre au château de Fontainebleau.

Des décors de Fontainebleau, aujourd'hui disparus, donnent une idée de ce qu'avait pu vouloir copier René LEDIN pour orner les solives de la Chaslerie. Mais l'on sait que le feu a réduit ces dernières en fumée il y a désormais 126 ans.

Décor peint de poutres et solives d'une salle du pavillon du Tibre au château de Fontainebleau, relevé à la gouache, crayon et encre noire en 1854.

L'autorité de la concurrence a pris hier une décision importante dans le domaine de la restauration des monuments historiques. Je l'ai découverte grâce à un article du point.fr intitulé "le racket de la rénovation des monuments historiques".

Voici le texte de cette décision de 163 pages dont beaucoup concernent la Basse-Normandie.

Or il m'est arrivé, pour des travaux à la Chaslerie, de faire appel à quatre au moins des entreprises qui viennent d'être condamnées. Les tarifs invraisemblables qu'elles pratiquaient (avec des excès bien supérieurs à 20 % à mon avis) m'avaient conduit à présenter à l'époque à un architecte en chef des monuments historiques, organisateur d'appels d'offres, des comparaisons entre, d'une part, les prix de revient de ces entreprises tels que je pouvais les reconstituer et, d'autre part, les prix qui m'étaient proposés puis facturés sous son contrôle. Cela m'avait conforté dans ma résolution de recruter ma propre équipe de maçons en m'affranchissant de tout intermédiaire parasite. Heureusement, j'en avais alors le loisir.

Espérons simplement que les procédés malhonnêtes qui viennent d'être condamnés ne porteront pas davantage atteinte à la nécessaire poursuite de la restauration, consciencieuse et sereine, des monuments historiques de notre pays.

Longue visite, ce soir à la Chaslerie, de Pierre BOULLE, l'ancien directeur du "Publicateur Libre", venu m'offrir un ouvrage qui vient de sortir, "Châteaux de Normandie" par Hélène LEFEBVRE, aux éditions Patrimoines et médias. Cet ouvrage présente une centaine de "châteaux" de Haute et Basse-Normandie. Au titre de l'Orne, il y en a 17, dont deux sur le territoire de la commune de La Haute Chapelle, à savoir la Saucerie et la Chaslerie :

12 février 2011, Pierre Boullé en train de me lire la page 64 de l'ouvrage qu'il vient de m'offrir.

Je préfère pour ma part réserver le nom de château à des bâtisses ostentatoires, même s'il est vrai que, dans le cas de la Chaslerie, cette appellation se rencontre dans l'usage local. Il me semble que le vocable de manoir, plus modeste, plus lié à la ruralité, convient mieux ici ; c'est en tout cas celui que j'utilise toujours.

Avec toute la verve qu'on lui connaît, Pierre BOULLE a bien sûr évoqué nombre de figures de l'Ouest, notamment Robert de GOULAINE, Raymond GUESDON et certaine illustre famille de défenseurs des bouilleurs de cru. Il a d'ailleurs laissé également à ma disposition le dernier numéro de "L'avenir du bouilleur", organe de la "Fédération des bouilleurs et des récoltants de l'Ouest" dont il est le directeur convaincu.

A ce propos, en ma qualité de fonctionnaire du ministère des finances, je suis heureux de me faire ici l'écho d'informations réglementaires sur cet intéressant sujet, émanant de mes distingués collègues des Droits indirects :

La page 10 du numéro de 2011 de

P.S. 1 : Je précise que je ne me rappelle pas avoir été informé de la préparation ni de la parution de l'ouvrage dont Pierre BOULLE m'a offert un exemplaire. Le texte sur la Chaslerie me semble relativement bienveillant et objectif mais la photo est antérieure à la tempête de 1999, ce qui est un peu surprenant pour qui apprécie les efforts iconographiques de ce site internet...

Compte tenu des caractéristiques des autres monuments cités, je me demande si les services des affaires culturelles n'ont pas participé à l'élaboration de leur liste. Dans celle-ci figurent en effet des bâtiments qui ont fait l'objet de travaux de restauration au long cours comme Vauvineux, appartenant aux PICQ. Manquent en revanche, selon moi, le logis de Sainte-Marie-la-Robert que vient de vendre Marc CHALUFOUR ou encore le remarquable château du Repas, appartenant à un M. DEWAVRIN qui a cédé la chaîne de distribution "Surcouf". Je retrouve toutefois la Fresnaye de Patrice CAHART, ainsi reconnu comme emblématique du Perche, ou bien encore les Feugerets qui appartiennent à un cousin de mon ancien collègue Augustin de ROMANET.

Je calcule que, si la Chaslerie se trouve ainsi retenue dans une liste de cent châteaux répartis sur deux régions, cela signifie qu'elle doit appartenir aux 1 000 "premiers" châteaux de France, mais sans doute, selon moi, à la seconde moitié de cet ensemble, si l'on classe les monuments par leur "standing". Je considère que c'est là un très bon score. Dans l'Orne, les châteaux qui me paraissent mériter d'être classés parmi les 500 premiers français sont, par ordre alphabétique, le Bourg-Saint-Léonard (appartenant à la commune), Carrouges (qui est resté privé jusqu'à 1936, date à laquelle la famille LE VENEUR l'a vendu à l'Etat), le château d'Ô (ancienne propriété de Jacques de LACRETELLE, désormais propriété du consultant Dominique MARS), le haras du Pin (propriété du département qui fait de gros efforts pour en assurer la promotion) ou encore Sassy, propriété de la famille d'AUDIFFRET-PASQUIER (un duc de cette famille présidait le Sénat quelques décennies après que le grand-oncle Paul a présidé la Chambre des députés). Par la vertu des L.B.O., le château de Médavy tangente extérieurement ce premier groupe car il fait l'objet, ces années-ci, de travaux colossaux que je trouverais volontiers disproportionnés par rapport à la qualité intrinsèque du monument.

P.S. 2 : Le texte de l'ouvrage que je viens de citer me paraissant familier, j'ai eu l'idée de me replonger dans ma bibliothèque (celle qui s'est trouvée sous la douche lors du dégât des eaux de cet hiver). Et là, bonne pioche, j'ai retrouvé le même laïus avec la même photo, sous une autre couverture mais avec le même titre, le même auteur et le même éditeur. Seuls diffèrent la date de parution, ici 1997 et, surtout, le nombre de monuments présentés, ici 160. Un bon tiers de châteaux ont donc disparu de la liste en 13 ans ; pour l'Orne, il s'agit d'Argentan (transformé en tribunal), de la Bonelière (appartenant à nos voisins MEYER), de Bonvouloir (aux ACHARD de BONVOULOIR, parents des LEDIN et dont le nom figure sur une sablière de la chapelle de la Chaslerie), de Cerisy-Belle-Etoile, de Chambois, de Commeaux (très beau manoir, remarquablement restauré par les WARESQUIEL-BURRUS), de Domfront et de Pontgirard. Bref, le nouvel ouvrage n'est qu'une réédition allégée de l'ancien (comme je m'aperçois que n'oublie pas de l'indiquer, enfin, la quatrième de couverture). Huit monuments de l'Orne ont donc disparu de la liste, pas toujours à bon escient à mon avis. Je me dis que, des 17 qui restent dans l'édition actuelle, quelques-uns pourraient sortir de la liste avant que ce ne soit le tour de la Chaslerie. D'autant que les travaux de restauration en cours ne peuvent au demeurant qu'améliorer encore le classement de notre manoir-vedette !

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Bonjour,

L'IGN a mis en ligne les cartes d'état-major du 19ème à l'échelle 1/40 000ème. Voici le lien. Dans la partie gauche, il faut cliquer sur "Cartes" puis sur "Minutes Etat-Major 1:40000". Les cartes ne sont pas d'une netteté extraordinaire, il y a comme un léger floutage, je pense que cela est dû au fait qu'elles sont encore commercialisées.

Bonne journée !

@ Guy HEDOUIN :

Erreur, mon cher Watson ! La trace du meneau vertical est en effet très visible sur l'une des fenêtres du salon qui donnent sur le Pournouët (donc à l'Est). Mais, si vous observez bien les photos, il y avait aussi un meneau horizontal, à environ un tiers de la hauteur de la fenêtre en partant du haut : il y a dans les chambranles, à ce niveau-là, deux petits granites qui se font face et qui corroborent mon interprétation. Voici la confirmation de ce que j'écris, sur une des fenêtres sur cour du salon :

5 mars 2011, les traces du meneau horizontal sur une fenêtre sur cour du salon.

Comme expliqué par ailleurs, je pense que ces meneaux ont été enlevés lors de l'instauration de "l'impôt sur les portes et fenêtres", à une époque encore troublée...

Je vois donc que vous n'avez pas encore décelé l'omission de mon précédent message. Rentrez donc vite de Lisieux, il va vous falloir étudier mieux le dossier !

P.S. : Un courriel de Guy HEDOUIN, postérieur à ce message, m'oblige à en corriger la forme : il n'y a en fait de meneaux que verticaux, les pierres horizontales s'appellent en réalité des croisillons. Dont acte, encore une chose que je devrais copier cent fois.

Guy HEDOUIN m'a transmis, sur le vocabulaire de l'architecture et sur les grilles anciennes, une intéressante documentation que je ne peux mettre en ligne car elle n'a pas le format toléré par ce site (soit "jpg" ou "JPG" d'après ce que m'a dit mon jeune webmaster).

Guy HEDOUIN
rédigé le 12 Mars 2011
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Voici un ouvrage qui devrait vous plaire, le livre que vient de publier, à compte d'auteur, M. Thierry LE HÊTE, sur la descendance des ducs de Normandie.

Je l'ai commandé, car un CAMPROND (de la famille qui construisit mon manoir) a épousé une CREULLY, fille de Roger de CREULLY qui n'est rien d'autre qu'un descendant de Henri 1er BEAUCLERC. Que du beau monde !

Bonne journée !

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 12 Mars 2011
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Sous l'onglet "Journal du chantier", j'ai encore écrit récemment que la suppression des meneaux et croisillons aux fenêtres des manoirs datait de 1798.

J'ai néanmoins été pris d'un doute car, ici, plusieurs indices me donneraient à penser que cette suppression est antérieure au Directoire. Ces indices tiennent à l'histoire des propriétaires successifs de la Chaslerie et aux dates des travaux, telles qu'on peut les reconstituer.

J'ai donc téléphoné hier à Patrice CAHART pour connaître son avis.

Pour lui, l'impôt sur les portes et fenêtres n'a rien à voir avec la disparition des meneaux. Il pense que cette dernière est intervenue parce que telle était la mode, sans doute dans le courant du XVIIIème siècle.

C'est cette interprétation que je retiendrai dorénavant.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 18 Mars 2011
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Lundi dernier, en route vers Paris, la Kangoo a franchi le cap des 400 000 km :

14 mars 2011, le tableau de bord de la Kangoo.

Comme je l'ai achetée neuve en juillet 2004, cela représente une moyenne de plus de 160 km par jour, ce qui n'est pas peu. Je n'ai aucune intention de changer de véhicule dans un proche avenir mais ignore jusqu'où je pourrai la mener.

Ce matin par exemple, j'ai commencé mes pérégrinations par une visite au manoir de Mebzon, à Sept-Forges. Je souhaitais en effet examiner la grille dont Roland FORNARI m'a dit s'être inspiré pour la chapelle de la Chaslerie. Voici comment Mebzon m'est apparu, avec sa façade d'arrivée (la porte d'entrée donne une idée de la taille du bâtiment et, en particulier, de ses fenêtres)...

18 mars 2011, le manoir de Mebzon.

... puis sa façade arrière, au bord de la Mayenne :

18 mars 2011, Mebzon au bord de la Mayenne, vue de la façade arrière avec la tour d'escalier.

Comme on le sait, une bonne moitié de Mebzon a été détruite, il y a longtemps. Heureusement, les nouveaux propriétaires ont ôté le hideux appentis en parpaings qui occupait l'emplacement de la partie disparue :

18 mars 2011, le pignon Est de Mebzon.

La couverture de la tour est en cours de travaux. Je ne sais si, lors de la restauration de la couverture du logis, les nouveaux propriétaires garderont les coyautages que je trouverais volontiers incongrus :

18 mars 2011, le pignon Ouest de Mebzon.

(Je renvoie à l'onglet "Journal du chantier" pour l'examen des grilles de Mebzon.)

A proximité de Mebzon, j'ai fait étape à la chapelle d'Etrigé. Celle-ci fait en effet l'objet d'importants travaux de restauration à l'initiative d'une association que préside Philippe DURAND. Je suis allé jeter un coup d'oeil à ces travaux avec d'autant plus de curiosité que l'architecte en est mon ami François POUGHEOL et que Philippe DURAND, après avoir été mon élève à l'E.N.A. puis mon collègue aux Finances, est devenu un ami en Normandie.

A l'intérieur de la chapelle, une étonnante charpente fait l'objet de soins nécessaires. Bien que fort ancienne, cette charpente paraît l'être sensiblement moins que les murs :

18 mars 2011, l'intérieur de la chapelle d'Etrigé en cours de restauration.

Je suis surpris de constater que la "Falaisienne de couverture" utilise des tuiles usagées pour restaurer le toît. L'expérience de la Chaslerie montre pourtant que les "tuiles périgourdines" neuves ne tardent pas à être recouvertes d'une patine très satisfaisante, tout en étant à l'évidence beaucoup plus durables.

18 mars 2011, la chapelle d'Etrigé à Sept-Forges.

Dans l'après-midi, j'ai repris le volant pour me rendre au Sap, à la forge de Roland FORNARI que j'ai trouvée en pleine activité. Aidé d'un compagnon, Roland était en train d'assembler un portillon de sa création :

18 mars 2011, Roland FORNARI dans sa forge.

De son côté, un autre de ses compagnons, celui à la barbichette méphistophélique récemment intervenu à la Chaslerie, achevait de forger une crémaillère :

18 mars 2011, vue de l'atelier de Roland FORNARI.

Un jeune prince voisin au nom célèbre (cousin d'un prix Nobel et, plus récemment, d'un prince jardinier) nous a interrompus. J'ai compris que lui et Roland étaient en affaire et noté qu'ils se tutoyaient. J'ai fureté un moment dans l'atelier...

18 mars 2011, vue d'un coin de l'atelier de Roland FORNARI.

... puis dans le magasin qui le jouxte (voir mes messages du 19 mars 2011 sous les onglets "Journal du chantier" et "Vie de l'association").

Après cette étape fort instructive, je suis allé prendre le thé à Chênedouit, chez mon ami Marc CHALUFOUR. Il mettait juste au four des sablés de sa fabrication que nous avons dégustés en évoquant Lanza del VASTO, puis en parlant de littérature, y compris des oeuvres de Patrice CAHART. Marc m'a signalé qu'il organisait, le 7 mai prochain, un stage d'initiation à la restauration du torchis. Je tâcherai d'y inscrire Pascal, en vue des travaux sur l'appentis de la cave et la "maison de Toutou".

Enfin, sur le chemin du retour, j'ai jeté un coup d'oeil à la façade kitschissime de la petite église de Ménil-Gondouin :

18 mars 2011, l'église de Ménil-Gondouin.

18 mars 2011, détail de la façade de l'église de Ménil-Gondouin.

Guy HEDOUIN
rédigé le 19 Mars 2011
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Bonsoir,

Tout d'abord, merci pour toutes ces photos.

En ce qui concerne la quincaillerie forgée, je vous répondrai plus tard.

Je ne suis pas d'accord avec vous en ce qui concerne les coyaux, ce manoir était couvert en chaume, pour preuve les pierres débordantes sur les cheminées. Les coyaux servaient à rejeter l'eau au-delà du pied du mur.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 19 Mars 2011
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@ Guy HEDOUIN :

Je persiste à penser que les coyaux de Mebzon sont surdimensionnés. Par ailleurs, je ne suis pas du tout persuadé que les petites excroissances (ou jets d'eau) des souches de cheminée que vous avez remarquées suffisent à prouver la présence ancienne de chaume ; il y en a aussi à la Chaslerie et je serais stupéfait d'apprendre que mon logis a un jour été recouvert d'autre chose que d'ardoises.

Pierre-Paul FOURCADE
rédigé le 20 Mars 2011
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Une exposition que je me propose d'aller voir dès que possible, celle d'armures royales fabriquées en France et pratiquement contemporaines du logis de la Chaslerie. J'en ai trouvé l'annonce, sous forme de vidéo, sur lefigaro.fr puis ai capturé les photos suivantes grâce à Google :

Il y a là des objets exceptionnels :

Ensemble équestre destiné au roi Erik XIV de Suède, dit 'armure d'Hercule', Eliseus Libaerts, vers 1563-1564, Fer repoussé, ciselelé, gravé, poli et doré, velours de soie, Acheté en 1606 par le prince-électeur Christian II de Saxe

Bourguignotte

L'un des chantres venus dimanche dernier à la Chaslerie m'a rappelé que, sur la tour du château de Rânes, il y avait une très belle grille. Je suis donc allé la photographier ce matin.

Effectivement, cette grille "vaut le détour".

Voici d'abord la façade sur cour, avec la fameuse tour, du château de Rânes :

25 mars 2011, la façade sur cour du château de Rânes.

Et voici cette grille vue de dessous, avec la lanterne attenante :

25 mars 2011, la grande grille de la tour de Rânes.

La voici sous un autre angle, qui met bien en évidence les deux cylindres qui flanquent cette grille, comme deux polochons peuvent border un lit :

25 mars 2011, autre vue de la grande grille de la tour de Rânes.

J'ai pu monter dans la tour et prendre la grille en photo de l'intérieur, de manière à mieux comprendre comment ces cylindres sont reliés aux traverses de la grille. Quand on regarde vers le sol, voici donc ce que l'on voit...

25 mars 2011, le bas d'un cylindre de la grille de la tour de Rânes, vue de l'intérieur de la tour.

... et voici le haut du même cylindre :

25 mars 2011, le haut d'un cylindre de la grande grille de la tour de Rânes.

Je trouve que, de l'intérieur, la présence de ces cylindres améliore la vue dans les angles et que, de l'extérieur, ils se marient parfaitement avec les reliefs (dont j'ai oublié le nom) de la maçonnerie de granit, elle-même de remarquable facture.

Pour le reste, je retrouve sur la tour de Rânes une grille analogue à celles déjà remarquées à L... et Mebzon :

25 mars 2011, petite grille de la tour de Rânes.

Comme nous le rappelle la fiche de Wikipedia, le château de Rânes est resté dans la même famille jusqu'en 1908. La commune l'a acheté et le gère depuis 1947.

Or, je suis toujours frappé par les dégâts commis au patrimoine par l'abrutissement de divers élus locaux. Ainsi, chaque fois que je passe devant l'ancien parc du château de Flers, je suis consterné par les "aires de jeux" encombrées de toboggans criards qui dénaturent les abords. A Rânes, l'ancien parc dessiné par Le Nôtre est, de la même façon, devenu un ramassis de buts de hand ou de foot, pour ne rien dire de l'abominable golf miniature et de l'horrible court de tennis, bien entendu tous vides de tout joueur, dont on ne peut échapper à la vision :

25 mars 2011, le parc martyrisé du château de Rânes, vu du sommet de la tour.

Comment se fait-il qu'en pleine campagne, alors que l'espace ne manque pas, des crétins officiels aient pu commettre de tels forfaits ? Jusqu'à quels tréfonds faudrait-il descendre pour sonder l'inculture et l'insensibilité de tels vandales empanachés ? Mystère et boule de gomme !

Un tel exemple, qui n'est hélas pas isolé, me confirme que rien ne vaut la propriété privée - et encore si l'on a la chance de tomber sur un fou de patrimoine - pour prendre en mains, sauver et transmettre convenablement de tels joyaux emblématiques du terroir. Autre mystère pour moi : pourquoi n'y a-t-il pas davantage de tels fous, auxquels je me flatte - on l'a compris - d'appartenir ?

A Rânes, il y aurait pourtant de très belles choses à faire pour ôter de sa froideur administrative à la façade sur le parc...

25 mars 2011, la façade sur jardin du château de Rânes.

... ou encore pour redonner toute leur majesté à de superbes portails :

25 mars 2011, le petit portail de Rânes.

25 mars 2011, le grand portail du château de Rânes.

J'ai passé l'après-midi à parcourir la campagne à une vingtaine de kilomètres au Sud de la Chaslerie, avec la vague idée de rechercher une cheminée de pierre pour la ferme en cours de restauration (voir le "Journal du chantier").

En fait, je souhaitais me rendre compte de l'état d'un château (je l'appelerai ici X) que des amis m'avaient fait découvrir il y a une quinzaine d'années. J'avais le souvenir d'y avoir vu de très belles cheminées. Il était alors en triste état, mais encore restaurable, et manifestement, de beaucoup plus belle facture que la Chaslerie.

Non sans mal, j'ai retrouvé l'endroit. Depuis mon dernier passage, ce chef-d'oeuvre du patrimoine régional, bâti il y a environ 600 ans, a été presque entièrement dévasté par des démolisseurs ou des vandales. Son état est lamentable, ce n'est plus qu'une ruine en fin d'agonie, qu'on en juge par les photos suivantes...

Voici la porte d'entrée :

27 mars 2011, la porte d'entrée de la ruine de X.

Quand on entre dans le bâtiment, voici ce qu'on a sous les yeux, un remarquable dessous d'âtre (je ne connais pas le terme technique), magnifiquement sculpté :

27 mars 2011, le vestibule de X.

Si, marchant là sur plus d'un mètre d'épaisseur de gravats, on lève les yeux vers ce qui était un plafond, voici ce qu'on aperçoit désormais, le vestige d'une très belle cheminée :

27 mars 2011, la cheminée du premier étage de X, au-dessus de l'ancien vestibule.

Il y a quinze ans à peine, il y avait encore, au bout de ce vestibule, un magnifique escalier à vis en granit. Il a disparu, arraché.

A gauche du vestibule, une grande salle, avec la grande cheminée armoriée dont je me souvenais :

27 mars 2011, la grande cheminée armoriée de X.

Voici le blason en question (si un visiteur du site reconnaît cet écu, je suis preneur d'explications) :

27 mars 2011, les armes de X.

Dans une pièce voisine, au milieu des immondices, il reste encore une belle cheminée. Mais pour combien de temps ?

27 mars 2011, une autre cheminée de X.

Faisant le tour du bâtiment, j'ai constaté qu'une partie de la couverture avait été refaite récemment :

27 mars 2011, vue extérieure de X.

Cette intervention étrange donne donc à penser que X est la propriété d'une indivision dont les membres se déchirent ; l'un voudrait préserver son bout de château quand l'autre n'a eu de cesse que de détruire son héritage et l'a osé. Tout cela est bien triste, assurément. Six siècles de beauté anéantis en moins de quinze ans par un barbare !

Les abords de X ne sont guère plus réjouissants. A l'évidence, les remembreurs ont frappé et les vaches n'ont plus un arbre sous lequel s'abriter en attendant l'abattoir :

27 mars 2011, le bocage martyrisé aux abords de X.

Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! morne plaine ! Quel immense gâchis ! Tant de grandeur, balayée ! Que tout cela est consternant !