Archives, histoire, documentation

Visite, non loin de Bellême, du manoir des Feugerets :

6 août 2020.

6 août 2020.

6 août 2020.

6 août 2020.

6 août 2020.


En dépit de l'interdiction de prendre des photos intérieures, j'ai pris deux photos d'une rampe et de balustres d'escalier qui me semblent intéressants, du moins dans le prolongement de ma conversation, hier, avec l'architecte du patrimoine en charge de la "Mission n°2" :

6 août 2020.

6 août 2020.


En fait, je suis sorti démoralisé de cette visite, tant je trouve que des horreurs sans nombre ont été perpétrées, et depuis plus d'un siècle, sur ce monument. Les joints au ciment, systématiques, en sont un exemple ; je cite également le polyester expansé pour tâcher de dissimuler les ravages probables de la mérule ; mais il y aurait maints autres exemples, comme le genre de gestion auquel ce monument donne désormais lieu (ce que, dans une profession pas tellement différente, d'après moi, de celle des agents immobiliers, on appelle communément "de l'abattage").

Tout cela pour dire que, après m'être rendu sur place, je comprends fort bien que mon ancien collègue et néanmoins ami Augustin n'ait pas voulu se charger d'un tel boulet. Et je l'en absous sans confession (pour autant que j'aie la moindre compétence ou légitimité en la matière, ce que je ne me hasarderai pas à essayer ici de prouver).
Nonchalant
Publié le 7 août 2020

Montaigne écrit : « Je veux que la mort me trouve plantant mes choux, mais nonchalant d’elle, et encore plus de mon jardin imparfait.* » Ah ! Que ce « nonchalant d’elle » me plait ! Qu’il est simple, élégant, détendu ! Que nous dit Montaigne par cette nonchalance ? Que le fait de mourir, il ne faut pas en faire toute une histoire, ni s’en soucier plus que de cela. La mort est inévitable ? La perfection hors d’atteinte ? Soit. Prenons-en note, et que ça ne nous empêche pas de planter nos choux.

Nonchalant était alors le participe présent du verbe nonchaloir, qui n’existe plus, et qui signifiait « ne pas s’occuper de ». Vers 1160 est attestée la locution « mettre en nonchaloir » dont l’équivalent aujourd’hui est « laisser à l’abandon ». C’était le contraire de chaloir, verbe défectif qui subsiste seulement à la troisième personne du singulier dans l’expression « peu me chaut » : peu m’importe, je ne m’en soucie guère.

Chaloir signifiait clairement : importer, avoir de l’intérêt. Et chaloir a donné chaland : au départ l’ami, le protecteur, puis la personne charitable qui fait des dons en nature ou en espèces, puis (puisque l’argent vient de s’en mêler) le client, et même, chez Rabelais, le coquin. Achalandage, chalandise : on entre dans le domaine du commerce, du négoce.

Le nonchalant échappe au négoce. Il ne déploie pas sa vie dans cette dimension. Il ne produit pas pour produire, il ne cherche pas à avoir, à retenir, à posséder. Il est celui qui admet ses limites et qui a vis-à-vis d’elles l’élégance du détachement.


* Essais, I, 20

N.D.L.R. : Que j'aimerais être nonchalant ! Mais il y a tant de choses qui me révoltent, notamment dans cette administraaaâââtion dont les limites me révulsent dès que j'en reprends conscience, ce qui arrive pratiquement tous les jours que le Bon Dieu fait !