Ailleurs

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Eclaircissements. Désolé. L'ouvrage que je m'apprête à publier chez Ring ne sera pas un recueil de mes meilleures saillies facebookiennes (qui feront ultérieurement l'objet d'un livre illustré ainsi que d'une sex-tape). Il portera essentiellement sur le terrorisme islamique et sur les stratégies d'évitement que nous (médias, responsables publics, citoyens) nous nous efforçons, le plus souvent inconsciemment, de développer pour ne pas voir en face ce que Husserl pressentait déjà, en 1935, dans "La Crise des sciences européennes" comme la fin des Lumières. L'Occident, c'est-à-dire la traduction politique de l'éthique judéo-chrétienne, est arrivé à son paroxysme au XVIIIe siècle. Voltaire écrivait : "Le génie ne dure qu'un siècle, après quoi il faut qu'il dégénère..." Nous sommes arrivés au terminal de la dégénérescence des idéaux des Lumières. Fi de l'universalisme. Fi de l'égalité. Fi de l'idée même de justice. Temps sombres. Crise métaphysique. Crise du sens, dans un monde qui n'est plus désormais dominé que par ce que dénonçait Péguy : l'Argent. Mais le règne omnipotent du fric, règne désormais porté depuis trois mandats jusqu'à l'Elysée, n'apportera jamais aucune réponse aux questions les plus essentielles qui soient aux problèmes les plus urgents et les plus essentiels : que puis-je savoir ? que dois-je faire ? que m'est-il permis d'espérer ? qu'est-ce que l'Homme ? Nul ne répond plus à ces questions essentielles – qui étaient celles de Kant. Et l'on s'en va. On s'en va vers un devenir où chacun doit répondre aux questions du sens, mais livré à lui-même, abandonné de tous. Et chacun, quand il est abandonné à lui-même, dans le point ultime de toute déréliction où chaque civilisation signe son retrait et sa quittance, fait ce qu'il peut et ce qu'il veut pour redonner un sens à sa destinée humaine. Puisque nos sociétés occidentales ne peuvent plus donner de sens à la vie, c'est-à-dire à la vie et à la mort, allons gaiement chercher du sens ailleurs, en des arrière-mondes où l'on nous promet du raisin et des vierges.

Mon livre sera un peu moins chiant que ce que je viens d'écrire. Je l'espère tout du moins. Parce qu'on va parler dans cet essai – je vais le faire assez court – de deux ou trois choses essentielles qui concernent la vie. Et la vie seule. Limitée à un nombre restreint d'années. Demain, nous serons morts.

N.D.L.R. : On vous a connu plus enjoué, me semble-t-il.